métro[zen]dodo est en chantier ! Suivez la progression des travaux.

Le jour d’après (18)

Quelques remarques au sujet du special event du 7 septembre 2022.


Apple ose vanter son bilan carbone, mais a fait déplacer quelques dizaines de journalistes pour entendre parler Tim Cook pendant moins de cinq minutes. Que l’on ne vienne pas me dire que l’ambiance importe plus que toute autre considération : les dernières années ont prouvé que les interviews aux questions autocensurées et aux réponses prémâchées peuvent se mener par écrans interposés, et Apple pourrait livrer ses nouveautés aux journalistes1 le soir même, ou bien rétablir ses retransmissions dans les bureaux des filiales locales.


J’ai dû monter le son pour percevoir les mots prononcés par les voix monocordes des vidéos de présentation de l’Apple Watch Ultra et de l’iPhone 14 Pro. Je suppose que c’est le ton d’une époque désabusée ?


L’Apple Watch Series 8 mesure les variations de la température basale, mais Apple rechigne à traiter les montagnes de données qu’elle collecte. Après avoir travaillé avec une clinique du sommeil et étudié des dizaines d’appareils, j’avais abandonné l’espoir de trouver un appareil capable de suivre les phases du sommeil de manière fiable… jusqu’à ce que l’Apple Watch se mette à les observer. Apple se garde pourtant de croiser les données, et de pointer du doigt la dégradation des conditions d’hygiène de vie, ou de s’inquiéter d’un possible syndrome d’apnée du sommeil. De la même manière, elle identifie clairement la meilleure application de l’observation de la température basale, mais refuse d’identifier la période d’ovulation en temps réel. Les utilisateurs sont des cobayes, mais n’en retirent aucun bénéfice.


Cela étant dit, l’attention d’Apple pour la santé féminine est digne de louanges. La moitié de l’humanité est maltraitée par le corps médical, qui se drape de l’arrogance de ceux qui savent, alors même qu’ils en savent tellement si peu, et tellement si faux. L’Apple Watch participe à démystifier le cycle menstruel en objectivant des symptômes qui ne tiennent pas de la névrose hystérique. Le suivi de l’ovulation, même rétrospectif, est une donnée importante dans un monde où il devient de plus en plus difficile de concevoir un enfant sans l’aide de la médecine… et un pays où il devient de plus en plus difficile d’interrompre une grossesse sans mettre sa vie en danger.


Quelques heures avant la présentation de l’Apple Watch Ultra, je me demandais si Apple commercialiserait un bracelet conçu pour répondre aux exigences de la plongée sous-marine. Non seulement c’est le cas, mais les plongeurs sont gâtés, puisque l’Apple Watch Ultra est équipée d’un profondimètre2 et certifiée comme un « accessoire de plongée » selon la norme EN 13319. Huish Outdoors3 dématérialisera ses ordinateurs de plongée sous la forme d’une application exclusive, un partenariat qui montre l’ampleur des ambitions de la firme de Cupertino. J’attends la suite avec impatience : Apple ajoutera-t-elle des fonctions pour les pilotes ou pour les navigateurs ? L’Apple Watch Ultra pourrait devenir le réceptacle des fonctions de pointe, qui font avancer la recherche technologique, mais risqueraient de dénaturer le modèle destiné au commun des mortels.


Le dos du boitier de l’Apple Watch SE est fabriqué dans un matériau composite de nylon, c’est-à-dire en plastique, une première. Apple destine particulièrement ce modèle aux enfants : à 299 €, c’est une jolie Swatch, surtout lorsque l’on sait qu’il faut souscrire un forfait cellulaire pour bénéficier de l’ensemble des fonctions de la « configuration familiale ».


La présentation du « moteur photonique » et de la connexion satellitaire avec l’iPhone 14 masque l’absence de réelle nouveauté. Apple recycle la puce A15 Bionic, et pour cause, elle n’est pas beaucoup moins puissante que la puce A16 Bionic de l’iPhone 14 Pro. Comme dit un collègue, Apple en garde sous le pied pour la présentation de l’iPhone 15 à port USB-C. J’ai envie de le croire.


La scission de la gamme intervient au pire moment : alors qu’elle prend tout son temps lorsque l’euro se renforce face au dollar, elle a immédiatement reporté le renforcement du dollar face à l’euro, et ne vend plus aucun iPhone de dernière génération à moins de 1 000 €. Pour ne pas effrayer le client moyen, elle met en avant le montant de la mensualité pour un paiement en 24 fois sans frais, l’occasion de remarquer qu’elle a récemment abandonné ses partenaires bancaires traditionnels au profit de la solution de paiement Alma. Dans le même temps, il est maintenant possible de s’offrir un iPhone (12) avec un écran OLED pour moins de 600… dollars.


Le violet de l’iPhone 14 Pro est plus violet que le violet de l’iPhone 14, ce qui prouve définitivement que l’iPhone 14 Pro est supérieur à l’iPhone 14.


La marque « Dynamic Island » montre que les réseaux internes de fourniture de cocaïne n’ont pas été complètement démantelés4. Reste que c’est une formidable astuce : l’encoche était probablement le meilleur compromis en l’état des technologies, mais le logiciel s’en tenait précautionneusement à l’écart, la pilule est rendue possible par l’avancée des technologies, et le logiciel joue avec. Apple attire l’attention sur ce que ses concurrents considèrent comme un défaut honteux : l’écran n’est pas troué parce qu’elle ne peut pas faire autrement, il est troué parce que cela lui permet de créer une nouvelle forme d’interaction dans la zone autrefois occupée par la barre d’état. Alan Dye réalise le rêve de Jony Ive, gommer la frontière entre le logiciel et le matériel.


Apple embobine son monde avec le pixel binning, qu’elle présente de manière fort malhonnête, mais qu’importe. Les capacités du capteur comptent moins que celles du processeur de traitement, la réalité perçue par les photosites compte moins que l’interprétation qu’en font les algorithmes de fusion. Parfois, j’ai envie de racheter un bête appareil photo.


L’angoisse existentielle californienne influe sur la conception des produits : bien sûr qu’il faut détecter les accidents puisque tout le monde se déplace en bagnole, bien sûr qu’il faut pouvoir communiquer par satellite puisque les sept fléaux s’abattent sur la Silicon Valley. Apple se réserve d’ailleurs 85 % de la capacité du réseau de Globalstar, qui devient de facto le sien, et offre deux ans de connexion gratuite. C’est l’exemple parfait de distorsion de concurrence qui favorise le consommateur, mais je ne suis pas certain de vouloir m’en réjouir.


À propos de concurrence, Garmin a dû frémir en voyant Apple piller méthodiquement des pans entiers de son catalogue, il ne manquait que La Walkyrie en fond sonore. Un seul produit ringardise d’un coup des dizaines de montres connectées, d’instruments de navigation, et de balises de détresse.


La « révision » des AirPods Pro me laisse songeur. Le contrôle du volume, le mode Transparence adaptatif, ou encore l’amélioration de la réduction active de bruit, sont bel et bienvenus. Mais ces écouteurs jetables restent le talon d’Achille de sa démarche environnementale.


Helly dans le métro.


  1. Je préfère oublier les youteubés et les tiktokés qui n’ont rien d’autre à dire que leur extase béate d’avoir reçu une gourde Apple Fitness+ et quelques sachets de poudre sucrée. La comm’ d’Apple est devenue paresseuse et complaisante. ↩︎

  2. Un capteur de pression, techniquement, mais ce n’est pas tous les jours que l’on peut utiliser le mot « profondimètre ». ↩︎

  3. Qui vient tout juste de récupérer la distribution des produits de Suunto en Amérique du Nord, par une ironie mordante. ↩︎

  4. Ceux qui savent, savent. ↩︎