Javier Cercas — Les soldats de Salamine

Notes

Où j’ai appris l’existence du mot « varlope », p. 15 :

L’ennui, c’est que si j’essayais pour ma part de sauver mon interview en lui demandant son opinion (disons) sur la différence entre personnages de caractère et personnages de destin, lui s’en tirait en me répondant par une digression (disons) sur les causes de la défaite de la flotte perse lors de la bataille de Salamine ; de même lorsque je tentais de lui extirper une opinion (disons) sur les fastes du cinquième centenaire de la conquête de l’Amérique, lui me donnait une réponse qu’illustraient force gestes et détails, relative au (disons) bon usage de la varlope.

Sur l’indépendantisme et le nationalisme, p. 28 :

— Le nationalisme est une idéologie, expliqua-t-il, en durcissant un peu la voix, comme s’il était contrarié d’avoir à éclaircir une évidence. Néfaste, à mon avis. L’indépendantisme n’est qu’une possibilité. Comme le nationalisme est une croyance et qu’on ne discute pas les croyances, on ne peut pas le discuter ; l’indépendantisme, si. Cela peut vous paraître raisonnable ou non. Pour moi, ça l’est.

p. 151 :

« Si j’ai une bonne raison de haïr les communistes, Excellence, dit un jour Foxá à Franco, c’est parce qu’ils m’ont obligé à devenir phalangiste. »

Sur les écrivains, p. 168 :

Un homme d’action est un écrivain frustré. Si don Quichotte avait écrit ne serait-ce qu’un seul livre de chevalerie, il n’aurait jamais été don Quichotte […]

Sur les journalistes, p. 169 :

— Si, mais je n’écris pas par plaisir : seulement pour gagner ma vie. De plus, un journaliste, ce n’est pas la même chose qu’un écrivain.
— Là, tu as raison, concéda-t-il. Un bon journaliste est toujours un bon écrivain, mais un bon écrivain n’est presque jamais un bon journaliste.
Je ris.
— Brillant, mais faux, dis-je.

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