Patricia Sorel — Petite histoire de la librairie française

La Petite histoire de la librairie française m’a rappelé ces vieux « Que sais-je ? » qui hésitaient entre la vulgarisation et l’érudition, avec leurs phrases trop alambiquées entrecoupées de citations trop longues, qui trahissaient l’assemblage hâtif de fragments de thèses et de morceaux d’articles. Sa trame maintenue lâchement par un fil temporel élastique bute sur 400 notes de fin, une solide documentation qui peine à combler les manques flagrants de l’ouvrage de Patricia Sorel.

Ainsi, les quarante dernières années de transformation numérique sont expédiées en huit pages d’un épilogue fort désinvolte. Mais après tout, j’ai passé mon adolescence à lire ce genre de « Que sais-je ? », qui m’a convaincu d’étudier l’histoire plutôt que la médecine ou le droit. (J’aurais fait un piètre médecin, et un pire avocat.) Et puis la maquette aérée des ouvrages de La Fabrique, qui fait la part belle à la police Linotype Centennial, est un plaisir.

Notes

La féminisation précoce du métier de libraire, p. 70 :

Parmi les candidats au brevet, les femmes sont de plus en plus nombreuses. Le commerce des livres devient en effet une activité rémunératrice pour bien des veuves ou des femmes célibataires, tandis que des épouses y voient un moyen de compléter le salaire trop modeste de leur mari (selon le Code civil, une femme mariée ne peut toutefois travailler sans l’autorisation de son époux). Si elles ne représentent que 20 % de la population des libraires à Paris sous la Restauration et la monarchie de Juillet, leur nombre ne cesse d’augmenter dans les années suivantes. Sur l’ensemble de la période 1855-1885, près de 40 % des libraires sont des femmes et, après 1870, elles sont aussi nombreuses que les hommes.

Lorsque l’on voit le nombre de groupes liés de près ou de loin aux éditeurs, et le nombre de librairies ouvertes ou rénovées avec le concours des éditeurs, il est permis d’en douter, p. 97 :

La création de la Chambre syndicale des libraires de France et celle du Syndicat des éditeurs quelques semaines plus tard marquent véritablement la fin du processus qui a abouti à séparer l’édition de la librairie ce qui ne signifie cependant pas la disparition totale du libraire-éditeur : le XXe siècle en comptera plusieurs figures emblématiques, tels José Corti ou François Maspero.