Du soudain intérêt d’Apple pour l’édition numérique

Mon collègue Mickaël Bazoge :

Apple est prête à accueillir vos romans ! Le constructeur a mis en ligne un nouveau site web pour les auteurs qui voudraient s’auto-publier dans Livres. […] Apple se paie même le luxe d’un tableau comparatif entre Livres et Kindle, le grand concurrent d’Amazon.

Ce tableau oublie de comparer la plateforme de distribution d’Apple, qui impose l’utilisation d’une machine de Rube Goldberg en Java, à celle d’Amazon, qui demande d’utiliser un bête site web. Ou le système de synchronisation par iCloud, tellement capricieux qu’il peut corrompre des livres, au système Whispersync, qui gère bien plus que les livres. Traumatisée par l’issue du procès antitrust de 2012, Apple a laissé pourrir sa librairie.

Sans preuve tangible d’un réel engagement en faveur de la publication numérique, cette communication n’est rien d’autre qu’une mascarade opportuniste. Mais puisqu’il faut gonfler les revenus des services, on peut espérer que la commission qu’Apple se prend sur les ventes de livres lui fournisse un semblant de motivation. Voici quelques suggestions, pêlemêle, au cas où elle ne saurait pas par quel bout s’y prendre :

  • migrer la librairie de l’ancienne infrastructure des boutiques, encore utilisée pour la musique, vers la nouvelle infrastructure, utilisée pour les applications ;
  • éliminer ainsi iTunes Connect, au profit d’une version d’App Store Connect adaptée aux livres, qui permettrait de soumettre un nouveau livre dans un navigateur, et pourquoi pas depuis l’iPad qui est un ordinateur mais en fait non ;
  • simplifier les démarches d’inscription pour les particuliers qui souhaitent distribuer des livres gratuitement (auteurs aspirants, passionnés, enseignants…) ;
  • dédier un gestionnaire de compte attitré aux éditeurs professionnels, et pas seulement aux cinq grands, que l’on puisse enfin avoir la même personne au bout de trois coups de fil ;
  • laisser aux éditeurs la possibilité de modifier toutes les métadonnées d’un ouvrage après la publication, il n’est pas impensable qu’une autrice (ou un auteur) puisse changer de nom ;
  • laisser aux éditeurs la possibilité de gérer eux-mêmes leurs séries et collections ;
  • laisser aux éditeurs la possibilité de fixer le prix des livres, ou du moins déplafonner les paliers, certains livres valent plus de 50 € ;
  • concevoir des outils de validation natifs respectant les normes industrielles ;
  • prendre parfaitement en charge le standard EPUB 3, y compris ses spécifications satellites, et documenter publiquement les extensions propriétaires utilisées par iBooks Author ;
  • lever les limitations arbitraires (et contreproductives pour une entreprise qui conçoit des écrans Super Retina XDR Turbo Pro Limited Extra) sur la taille des images ;
  • offrir un inspecteur fiable, ou simplement offrir un inspecteur, puisque l’actuel est complètement cassé ;
  • concevoir un moteur de rendu capable d’afficher rapidement les livres multimédias qui étaient censés distinguer l’iPad ;
  • concevoir un moteur de rendu capable de couper un mot de manière raisonnable et d’éviter les veuves et les orphelines ;
  • promouvoir la révision active des ouvrages, à la manière des applications, en proposant un mécanisme fiable de mise à jour ;
  • permettre de conserver les signets et les annotations d’une révision à l’autre d’un ouvrage ;
  • permettre d’exporter toutes les annotations d’un clic ;
  • améliorer considérablement la synchronisation iCloud ;
  • concevoir une version iCloud de l’application Livres ;
  • permettre d’éditer les métadonnées des livres ;
  • offrir un accès direct aux fichiers .epub ;
  • annoncer clairement le verrouillage du livre par un mécanisme de castration numérique, à défaut d’enterrer définitivement les DRM ;
  • permettre de passer facilement de la version écrite à la version audio d’un livre ;
  • permettre de suivre un auteur, une série, un éditeur ;
  • organiser régulièrement des sessions Today at Apple (at Home) avec des auteurs ou des critiques littéraires, et des ateliers autour de la publication numérique ;
  • arrêter de bidouiller les sélections de fin d’année pour repousser certains manuels à la couverture orange dans une catégorie fourretout, parce qu’ils viendraient perturber le classement des meilleures ventes annuelles, qui ne sont pas bien élevées dans cette boutique fantôme.

À bon entendeur…