Des petites erreurs et des grosses corrections

Antonio Casilli, Paul-Olivier Dehaye, et Jean-Baptiste Soufron, dans une tribune au Monde :

Cette fois, ce ne sont pas Facebook et Amazon, mais Google et Apple, qui ont tout de suite proposé de fournir une nouvelle structure pour diffuser les applications de suivi de contacts sur leurs plates-formes. La menace qui plane au-delà de tous ces acteurs vient des ambitions de certains milieux politiques européens d’afficher leur détermination dans la lutte contre le Covid19, en se targuant d’une solution technique à grande échelle, utilisant les données personnelles pour la « campagne du déconfinement ».

La version originale disait « qui ont tout de suite proposé d’héberger les applications de suivi de contacts sur leurs plate-formes », ce qui n’est absolument pas la même chose, et qui est parfaitement faux. J’ai repéré la correction, et mon billet sur le problème de la technocritique désinvolte et approximative est devenu ce billet sur le problème de la correction secrète et honteuse.

Errare humanum est — éternel optimiste que je suis, je veux bien croire que cette erreur grossière provient d’un problème de communication entre les trois auteurs de trois nationalités, quoique six yeux et deux paires de lunettes auraient dû la voir1. ‌Perseverare diabolicum — l’absence totale de vérification des informations rapportées dans les tribunes2, et surtout la correction subreptice et donc malhonnête des erreurs flagrantes3, déshonore Le Monde.

Combien de personnes sont restées sur leur première — et seule — lecture d’un article mis en exergue dans la sélection de la « matinale » et largement diffusé sur les réseaux sociaux ? Combien de personnes sauront que cette tribune a été modifiée à un point qui compromet la cohérence de son argumentaire ? Combien de personnes vont formuler des jugements et prendre des décisions à partir d’informations erronées ?


  1. Cette imprécision montre tout de même quelque chose de l’aveuglement intellectuel d’une partie des penseurs du numérique face au concept de « GAFA », qui ne dit rien des véritables enjeux soulevés par la prééminence — et la concurrence acharnée — de ces quatre entités, mais dit tout de la nécessité de concevoir un symbole synecdochique pour dire la peur française du nouvel impérialisme américain. ↩︎

  2. Qui sont régulièrement entachées d’erreurs grossières, et percluses d’opinions avancées comme des faits. L’illusion du débat contradictoire, aujourd’hui encore avec la publication d’une tribune favorable aux applications de contact tracing, ne doit empêcher un minimum de vigilance interne sur les contributions externes. Les pages « Idées » ne peuvent pas être détachées du reste du journal, le jugement et l’éthique ne peuvent pas être suspendus par un subtil changement de la maquette. Et quand bien même, dans les applications et sur le site, et plus encore en dehors du site, sur les réseaux sociaux où l’on s’arrête souvent au titre, les tribunes peuvent aisément être confondues avec les articles. Le choix des tribunes est un parti-pris journalistique, le contenu des tribunes est une responsabilité journalistique. ↩︎

  3. Les médias anglo-saxons signalent systématiquement les modifications apportées aux articles, jusqu’à la moindre coquille, une pratique que nous avons reprise chez MacGeneration, au moins pour les changements substantiels. ↩︎

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