Le guide de macOS Big Sur

Je ne sais rien des douleurs de l’accouchement, mais puisque j’ai commencé Le guide de macOS Mojave avec une ponction lombaire et terminé Le guide de macOS Catalina avec un carton d’analgésiques, je crois pouvoir dire que l’écriture d’un livre tient de la maïeutique. Pour m’éviter un séjour à l’hôpital en pleine pandémie, j’ai mieux géré mon effort cette année.

Au lieu des six semaines habituelles, j’ai pris huit semaines pour revoir chacune des 404 sections composant les vingt chapitres, effectuant ainsi plus de 600 ajouts et modifications. À l’exception du dimanche de bouclage, je n’ai pas travaillé un seul weekend. Et alors que j’ai écrit certains manuels entre 1 h et 4 h du matin, je n’ai jamais travaillé avant 6 h et après 19 h cette année. Veiller, c’est écrire, mais dormir, c’est écrire mieux.

Alors que je me contentais d’intégrer de nouvelles illustrations chaque année, la nouvelle apparence m’a forcé à repartir de zéro. Heureusement, j’avais prévu le coup en concevant deux petits outils l’été dernier :

  • IconBackground, qui extrait l’icône des applications pour les placer sur un fond coordonné, et facilite la création des illustrations en tête des chapitres ;
  • et surtout WindowStitcher, qui centre les captures des fenêtres sur un fond d’écran, et assure une parfaite cohérence des illustrations tout au long de l’ouvrage.

Écrire un manuel informatique, c’est aussi coder. Ces deux outils m’ont fait économiser des dizaines d’heures de travail et des milliers de manipulations, au profit du texte lui-même. Cela étant dit, la (re)prise des captures n’est pas l’aspect le plus passionnant de mon travail, et je suis partagé face à la nouvelle apparence de macOS.

D’un côté, l’utilisateur pense qu’elle doit continuer à évoluer, comme elle l’a fait tout au long du cycle de développement de macOS Big Sur, pour définitivement résoudre les problèmes de hiérarchie des informations et de lisibilité des éléments. De l’autre, l’auteur préfèrerait qu’elle le fasse suffisamment subtilement pour qu’il n’ait pas à reprendre 806 captures et retourner 160 vidéos.

À ma connaissance, je suis désormais l’auteur français ayant publié le plus grand nombre de manuels consécutifs sur macOS. Les éditeurs français ont jeté l’éponge au moment où nous publiions nos premières collections, quelques magazines ressassent les mêmes compilations d’astuces à peine remises au gout du jour, et les éditeurs internationaux se contentent de traduire les ouvrages américains1.

Pourtant, je ne pense pas encore être parvenu au manuel définitif. Au rythme actuel, il me faudra encore deux ans pour réaliser l’objectif d’un guide exhaustif mais accessible, que l’on peut lire d’une couverture à l’autre ou picorer selon les besoins. Or il faut bien le dire, ce manuel est maintenant la principale raison qui me retient sur macOS.

Le Mac a été déplacé par l’iPad, lui-même déplacé par l’iPhone, lui-même déplacé par l’Apple Watch, elle-même déplacée par les AirPods. « Déplacé », mais pas remplacé, j’insiste sur ce point. Les différentes « expressions matérielles » utilisent les mêmes composants et les mêmes services, et partagent donc des fonctions communes, mais chacune possède ses spécificités matérielles et logicielles, et propose donc des expériences singulières.

Les arguments uniques au Mac, au-delà du développement d’applications natives, sont de moins en moins évidents. Cela changera-t-il avec les processeurs Apple ? À l’échelle de la décennie, sans aucun doute. Mais je ne suis pas certain d’avoir envie d’attendre. Pour mes besoins personnels et scientifiques, j’utilise désormais un iPad2, secondé par un serveur Linux pour les outils en ligne de commande et le développement web.

Si je gère mon effort sans me presser, c’est aussi parce que je sais que j’écris pour un public qui se réduit d’année en année, au sujet d’un système qui répond de moins en moins à ses besoins changeants. En quelque sorte, Le guide de macOS Big Sur est un requiem pour le Mac tel qu’on le connaissait depuis 1997. Le Mac est mort, vive le Mac ?


  1. Il me faudra d’ailleurs encore quelques années pour rattraper Bob « Dr Mac » LeVitus, qui écrit sur Mac OS depuis 1989, et ne semble pas prêt de prendre sa retraite. ↩︎

  2. J’étrenne d’ailleurs mon iPad Air 4 et son Magic Keyboard, qui relègue mon MacBook Pro 13” de 2013 aux basses tâches professionnelles, avec cet article. ↩︎