Le jour d’après (9)

Quelques remarques au sujet du special event du 15 septembre 2020 :

  • la mise en scène du special event, comme ce plan qui semble révéler les laboratoires où sont conçus les prochains iPhone, était encore plus ambitieuse que celle du keynote d’ouverture de la WWDC. À certains moments, il est presque impossible de faire la différence entre les scènes filmées in situ et celles tournées sur cyclo, tant les transitions sont fluides.
  • alors que Google enfumait la presse technologique en prétendant avoir annulé ses émissions historiques, par le biais d’une compensation qui risque de partir en fumée, Apple continue d’aller au charbon pour changer les choses en profondeur1. Si elle parvient à atteindre son objectif de neutralité carbone de bout en bout d’ici à 2030, elle aura entrainé des centaines de fournisseurs, et changé durablement la structure de l’industrie des technologies. Espérons qu’elle aura l’ambition de concevoir un cycle du produit au produit sans nouvelle extraction de ressources naturelles, ou alors seulement de ressources renouvelables à l’échelle humaine, en généralisant les mesures de recyclage et de régénération des matériaux. Aluminium et étain aujourd’hui, tantale et cobalt demain… elle règlerait définitivement le problème des « matières premières de la honte », et prouverait qu’elle peut inscrire son activité dans les limites planétaires.
  • « les mesures fournies par l’app Oxygène sanguin », explique Apple, « ne sont pas destinées à un usage médical ». Ses ambitions sont pourtant claires — pourquoi, sinon, encore revoir le cardiofréquencemètre optique ? Un simple oxymètre à quinze euros donne une mesure raisonnablement fiable du taux de saturation de l’oxygène dans le sang. Après quelques milliards de points de données et quelques études médicales, les choses seront différentes.
  • les nouveaux bracelets « boucle unique » m’intriguent. Les modèles en « filaments de polyester », c’est-à-dire en bouteille de plastique recyclée, rappellent les bracelets en corde de parachute, sans la détestable connotation survivaliste. Depuis trois ans, Apple multiplie les systèmes de fermeture originaux, comme les aimants ou les scratchs. C’est à croire que les utilisateurs d’Apple Watch passent leur journée assis devant un ordinateur, et sont gênés par les boucles et les clous des bracelets plus traditionnels2.
  • mine de rien, sous l’égide de Tim Cook, Apple est parvenu à concilier exigence qualitative et impératif tarifaire. L’Apple Watch SE, à mi-chemin entre l’Apple Watch Series 4 et l’Apple Watch Series 5, est loin d’être un modèle au rabais. Elle va se vendre comme des petits pains.
  • Tim Cook a confirmé ce que l’on savait déjà : malgré le succès médiatique de l’iPad Pro, l’iPad « de base » reste le modèle le plus populaire. J’ai hâte qu’il récupère le capteur Touch ID de l’iPad Air, même si je n’ai pas l’intention de remplacer mon iPad 63 de sitôt.
  • il ne faut pas écouter le laïus sur la puce A14 en pensant à l’iPad Air, ni même aux prochains iPhone, mais aux futurs Mac.
  • comme prévu, Apple One est conçue pour favoriser la consommation des contenus produits par Apple (au cout marginal nul) en abaissant la valeur des contenus produits par d’autres (tant pis pour les artistes-artisans qui gagnent des clopinettes en tournant 300 jours par an, et pour les titres de presse comme des citrons).

  1. Je n’aime rien mieux qu’une bonne métaphore filée. ↩︎

  2. Pour cette raison, j’utilise essentiellement le bracelet « milanais » (fermeture par aimants) et le bracelet « boucle sport » (fermeture par scratch). ↩︎

  3. Le seul ordinateur que j’ai acheté depuis 2013, et celui que j’utilise le plus pour mes besoins personnels. Apple va avoir fort à faire pour me convaincre de racheter un Mac sur mes deniers. ↩︎