Récemment (19)

J’ai passé le TOEIC1. Le règlement envoyé par ETS Global, qui organise les examens, annonçait la couleur. Passe encore qu’il faille impérativement utiliser un crayon de bois, et d’une dureté HB ou 2B s’il vous plait parce que les humains sont au service de la machine correctrice. Mais je tenais à croire que les autres conditions ne pourraient pas être appliquées en l’état en France.

Et pourtant ! J’ai passé quatre heures dans un amphithéâtre, sous 30 degrés, sans pouvoir conserver ma bouteille d’eau ni mon éventail. J’ai passé quatre heures dans un amphithéâtre, avec une centaine d’autres personnes, sans pouvoir changer de masque. « Ce sont les règles d’ETS, vous savez » : ce sont de mauvaises règles, les « examinateurs » en conviennent, mais les appliquent tout de même.

Lord Acton se trompe : le pouvoir, le véritable pouvoir, corrompt fort superficiellement. C’est la soumission absolue, la courbure volontaire de l’échine pour obtenir le droit de manier le fouet, qui corrompt absolument. Quelques individus se font complices d’un mécanisme d’oppression en rejetant la faute sur la machine… dont ils sont un engrenage indispensable.

« Tout de suite les grands mots », me direz-vous, « ce n’est qu’un examen d’anglais ». Sauf que cet examen peut déterminer la suite d’une carrière. Que cela se déroule au sein d’une université renommée. Que la situation actuelle sacrifie déjà beaucoup des normes de décence et du respect des droits fondamentaux.

Mais enfin, ETS reconstitue l’interface Platinum pour encadrer ses ridicules échanges de courriers électroniques, je suppose que cela excuse le reste. Comment ça, non ?

In medias res

Après quatre mois d’enregistrement du podcaaast, Arnaud et moi prenons quelques semaines de congés studieux. Vous avez des questions sur les sujets que nous (n’)avons (pas encore) abordés, sur la conception du podcaaast, sur vos hôtes ? Posez-les :

Merci d’avoir suivi cette première saison, et à bientôt !

Regarder

My Octopus Teacher (Pippa Ehrlich, James Reed). La pieuvre sans paprika, ça manque un peu de piquant.

Luca (Enrico Casarosa). J’ai toujours apprécié la manière dont Pixar montre le talent de ses animateurs et la puissance de ses logiciels sans avoir l’air d’y toucher. Bref, Luca est un dessin animé de Disney, peut-être plus encore que Raya and the Last Dragon.

Central Park (Josh Gad, Loren Bouchard, Nora Smith). La deuxième saison est drôle, intelligente, ambitieuse, subtile, profonde. Tout ce que la plupart des films et séries « à succès » ne sont pas.

Loki (Michael Waldron). Il dit qu’il ne voit pas le rapport avec le dieu de la malice et de la discorde.

How to Become a Tyrant (David Ginsberg, Jake Laufer, Jonas Bell Pasht, Peter Dinklage, Jonah Bekhor). Abandonné après un raccourci historique, pour ne pas dire une erreur flagrante, de trop. C’est le jeu, vous me direz. Certes, et je dois dire que cela fonctionne plutôt bien. Mais c’est aussi comme cela que l’on produit les ruptures logiques et les jugements à l’emporte-pièce qui favorisent la montée en puissance des futurs tyrans.

Édouard, mon pote de droite (Laurent Cibien). Édouard et moi écoutons la même musique, buvons le même whisky et la même bière, mangeons des pâtes sept fois par semaine, et partageons nombre de lectures. (Mais je ne fais pas de boxe, et il ne fait pas de vélo.) Bref, c’est un homme, et il est beaucoup plus difficile de détester un homme qu’un Premier ministre. Reste une question, que l’on s’appelle Céline ou Philippe : peut-on séparer l’homme de son œuvre ?

Écouter

Un gros coup de cœur pour Love and Liberation (Jazzmeia Horn), Blue Maqams (Anouar Brahem), Squint (Julian Lage) en boucle, Solo Piano (Tommy Flanagan), la centième fois que j’écoutais Chicken & Egg avant de découvrir He Walked On (Tim O’Brien), le surprenant Songs of Joy (Yoko Miwa Trio), Rivages (Jean-Louis Matinier), I’m a Stranger Here (Lucy Woodward et surtout l’incroyable Charlie Hunter), Elegy for an Undiscovered Species (Johannes Wallmann) qui m’a collé des frissons, Djourou (Ballaké Sissoko), et puis Ngiwu Shwabada (Sibusile Xaba).

Lire

Amazon Unbound montre comment l’institutionnalisation des pires travers du capitalisme a construit le « succès » d’une entreprise véritablement déchainée. Je ne suis pas convaincu par la maquette des livres de poche de la Rue de l’échiquier, qui m’a gâché les livres d’Olivier Razemon, mais j’ai adoré lire Stein Von Oosteren, qui donne le sourire et l’envie d’une France cyclable. En dénonçant ceux qui voudraient institutionnaliser le tumulte de Paris, Éric Hazan fixe des images qu’il convient bien de qualifier de clichés. Avant d’être un roman policier, Terra Alta est un roman de Javier Cercas – mais tous les romans de Javier Cercas ne sont-ils pas des romans policiers ? Par ailleurs, je retiens ces articles :


  1. Ne me demandez pas pourquoi, je ne sais pas non plus. ↩︎