Récemment (22)

« J’aimerais mettre un peu de militantisme dans mon journalisme », disais-je en juin 2021. Un an plus tard, c’est ce que j’ai fait en publiant mon dossier « Une tech plus verte » et le livre du même nom. Le choix de promouvoir une dizaine d’initiatives qui visent à réduire l’empreinte carbone des infrastructures du numérique est évidemment militant. Le choix de passer le printemps pendu au téléphone, plongé dans les rapports du GIEC, balloté dans un train, rivé à mon clavier, est éminemment journalistique. À moins que ce ne soit l’inverse.

C’est une chose de savoir que le cloud n’est pas un nuage éthéré, c’en est une autre de toucher du doigt le serveur qui renferme métro[zen]dodo. En contemplant la campagne genevoise depuis le toit d’un data center, en recensant les antennes-relais sur mon chemin, en sentant la chaleur dégagée par les calculs de simulations financières, en fouillant dans mon sac de câbles, en comptant les grammes de CO2 qui défilent comme les secondes de la dernière série à la mode, j’ai gagné une nouvelle appréciation de la tangibilité des infrastructures du numérique.

J’ai enfin compris pourquoi j’aimais tant l’exercice pourtant ingrat des interviews : elles me permettent de discuter avec les humains qui se cachent derrière les machines, de révéler les contradictions des intelligences sans artifices qui inventent une réalité bien sensible, de rendre compréhensibles les artisans d’une industrie parfois cryptique. « Une tech plus verte » n’est jamais qu’une longue succession d’interviews avec les acteurs d’un monde pas si virtuel que cela, qui s’inquiète que le changement climatique devienne bien réel.

Sa parution intervient à un moment charnière : je suis mentalement exténué, mais je crois avoir écrit quelques-uns de mes meilleurs articles, et je ne suis pas certain de savoir lequel cause l’autre. Pour la première fois de ma carrière, j’ai pris trois semaines de congés. Pour la première fois de ma carrière, je ne suis absolument pas impatient de retourner au bureau. Ça sent le brulé…

Biblio

« D’un car de touristes une Japonaise semble me photographier », écrit Perec, et cette phrase me hante. Peut-on retrouver cette photo ? Peut-on l’écrire, faute de pouvoir la décrire ? Je crois que je ne me laisserai jamais de la Tentative d’épuisement d’un lieu parisien. Mariette Navaro m’a moins déçue que David Foenkinos, mais je suis étonné du nombre de livres qui refusent de devenir ce qu’ils sont. Je me demande ce que Walter Benjamin, collectionneur de livres devant l’Éternel, en penserait. Quand je vois que Thomas Piketty a réussi à condenser deux tomes indigestes dans les 368 pages d’Une brève histoire de l’égalité, je me dis que tout n’est pas encore perdu.

Bistro

La boutique de la Brûlerie Verte ne possède qu’un seul inconvénient : elle est localisée à Fontaines-sur-Saône, une ville de bagnolards où les bandes cyclables font office de places de stationnement, et où un mec en SUV s’est plaint de n’avoir pas réussi à m’écraser en grillant le feu rouge. Ce que l’on ne ferait pas pour une tasse de café

MacGeneration

Disons que c’était le mois « nature et découvertes » : après avoir expliqué pourquoi les prévisions de qualité de l’air de l’application Météo n’étaient pas toujours fiables, j’ai interviewé le directeur général de Save sur les débuts poussifs du programme de réparation d’Apple, et payé mon ticket de métro avec mon iPhone.

Photo

Les quincailleries ont souvent des façades surannées, et cela me rend heureux. Les librairies ont souvent des façades condamnées, et cela me rend triste.

Podcaaast

Arnaud me dit souvent qu’il n’a rien préparé, et puis se ramène devant le micro avec un sujet d’une densité folle, comme le « rouleur compresseur » du système d’exploitation qui empêche les développeurs de se reposer sur leurs lauriers ou le rôle des réseaux sociaux dans le développement de nos névroses. Le podcaaast est encore et toujours disponible dans Apple Podcasts, Spotify, Pocket Casts, Overcast, Castro, et même Podcast Addict.

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