Bob Dylan — Tempest

Anthony Nelzin-Santos

Cet article est issu de Kusikia, un exercice d’écriture de courtes critiques culturelles, publié entre mai 2012 et mars 2013.

Le Bob Dylan des Vieilles Charrues était un vieillard fatigué par près de 25 ans de Never Ending Tour qui a provoqué l’indignation du public 1. Le Bob Dylan de Tempest est un chanteur à la voix défoncée par 50 ans de carrière qui parvient encore à surprendre.

Tempest ne s’éloigne jamais du folk qui a fait la réputation de Dylan, mais puise aussi dans le blues, dans le jazz, et même dans la pop. Ainsi, Pay In Blood est étonnamment dansant et au goût du jour (et franchement caustique !) — je serais surpris qu’il ne soit pas repris. Dylan ne chante plus depuis des années, mais il miaule sur Long And Wasted Years, feule sur Duquesne Whistle et rugit même parfois. Ce qui lui reste de voix est tout aussi peu articulé qu’il y a un demi-siècle, mais plus rythmé que jamais : le texte, superbement ciselé d’un bout à l’autre de l’album, n’en est que magnifié. Bob Dylan est toujours le poète des temps modernes.

Mais c’est sans doute le titre éponyme qui fait la plus forte impression — il est vrai qu’il forme le cœur d’une trilogie finale tout simplement fantastique. Morceau de bravoure de 14 minutes, Tempest relate crûment le naufrage du Titanic, chacun de ses 45 couplets (sans refrain !) entraînant l’auditeur un peu plus profond dans les eaux glacées de l’Atlantique. Comme les rescapés du paquebot, Dylan a attrapé de peu son canot de sauvetage. Et on ne peut que se féliciter qu’il soit encore là.