Carine Tardieu — Du vent dans mes mollets

Cet article est issu de Kusikia, un exercice d’écriture de courtes critiques culturelles, publié entre mai 2012 et mars 2013.

Les cyniques vous expliqueront que Du vent dans mes mollets est un film « mignon », « facile », « inscrit dans une veine rétro semi-autobiographique à la mode dans le cinéma populaire » — je suppose que ces pisse-froid ne jurent que par le cinéma suédois expérimental des années 1970 et les documentaires en hongrois sur la banlieue en Afrique centrale. Mais parfois, il faut prendre une comédie dramatique pour ce qu’elle est.

Et de ce point de vue, Du vent dans mes mollets fonctionne merveilleusement bien. Irrésistible d’humour noir, il décomplexe du fou rire ; filmé à hauteur d’enfant, il ne donne pas envie de retenir ses larmes. Il a un côté délicieusement fantaisiste, presque burlesque, qui oblige à appeler l’enfant en soi ; et ainsi d’être d’autant plus touché par les passages plus sombres.

Mettant en miroir la découverte de l’amitié enfantine et les retrouvailles de deux adultes usés, Du vent dans mes mollets est servi par une distribution crédible à l’interprétation juste. Il n’a comme seul défaut que son recours récurrent à des gimmicks : convoquer La Boum fait autant rire aux éclats que les incrustations de filtres « à la Super 8 » et de modèles 3D fait froncer les sourcils — dur de concilier la génération 80s et les Instagram-victims.

Qu’importe : on sort de la salle avec le sourire aux lèvres et l’œil humide, en soupirant un « ah, c’était bien. » Du vent dans mes mollets est peut-être un film mignon et facile, mais parfois, un film mignon et facile, c’est bien.