Cindy Gallop — Make Love Not Porn

Anthony Nelzin-Santos

Cet article est issu de Kusikia, un exercice d’écriture de courtes critiques culturelles, publié entre mai 2012 et mars 2013.

Make Love Not Porn interroge. Non sur son contenu, qui n’est ni plus ni moins celui du site éponyme. Mais plutôt sur son format, celui des TED Books. Les livres TED reprennent le principe des conférences du même nom : ils sont courts (une cinquantaine de pages, lues en environ autant de minutes) et percutants (une et une seule idée). Ils souffrent à mon sens des mêmes problèmes.

La concision permet certes d’aller directement au but1, et facilite la compréhension de sujets parfois complexes. La licence TED est censée garantir la pédagogie de l’auteur et donc l’intégrité de l’idée malgré le développement réduit — mais c’est aussi une marque puissante qui favorise la simplification à l’extrême, jusqu’au travestissement. La forme, pirouettes comiques et jolies petites histoires, prend l’ascendant sur le fond, idées censées changer le monde.

Make Love Not Porn part d’un bon sentiment : dénoncer l’influence de la pornographie sur l’éducation sexuelle des plus jeunes et les pratiques des un peu moins jeunes. Mais cette idée est corrompue par l’envie de Cindy Gallop ici de placer un bon mot, là de faire de l’auto-dérision. Bref, de séduire, de convaincre non par le mérite ou l’argumentation, mais par l’apparence et la présentation.

Une bonne idée est magnifiée par une excellente présentation. Mais une bonne idée n’en a pas besoin. Et parfois même, elle en souffre.


  1. C’est d’ailleurs la raison d’être de Kusikia.