Claude Miller — Thérèse Desqueyroux

Anthony Nelzin-Santos

Cet article est issu de Kusikia, un exercice d’écriture de courtes critiques culturelles, publié entre mai 2012 et mars 2013.

Si je considère Madame Bovary comme un chef-d’œuvre de la littérature française, c’est parce que je n’ai jamais réussi à le finir : Flaubert m’ennuie comme Charles ennuie Emma. Le Thérèse Desqueyroux de Claude Miller est un Madame Bovary cinématographique.

La photographie superbe et très française des premières scènes est un ravissement, puis son académisme finit par peser, comme les mœurs du début du XXe siècle. La petite mélodie inspirée de Schubert qui revient sans cesse offre un délicieux contrepoint aux scènes qui se succèdent comme des chapitres, mais elle ne parvient pas à couvrir le verbiage étouffant de la bourgeoisie provinciale. D’épanoui et optimiste, je deviens rabougri et ronchon, à mesure que Thérèse est brisée par les intérêts supérieurs de « la famille ».

L’« effet Bovary » provient certes de l’œuvre de Mauriac, mais Miller se fait plus royaliste que le roi avec son adaptation d’un classicisme presque obsessionnel. La distribution n’aide pas : l’interprétation d’Audrey Tautou et de Gilles Lellouche sont justes mais ne portent pas loin, comme elles aussi écrasés par le poids des conventions sociales et cinématographiques. On ressent un incroyable soulagement lorsque le générique de fin s’affiche.

Miller m’a ennuyé comme Bernard ennuie Thérèse. Mais je ne suis pas sûr que cela veuille dire que son dernier film est un chef-d’œuvre.