De la (future) pénurie (présumée) de cobalt

Kostiantyn Turcheniuk et al., Nature :

Both cobalt and nickel have suffered sudden price hikes and crashes. For example, disrupted Australian supplies, increased demand from China for steel and speculation by hedge-fund managers led to a five-fold surge in the price of nickel and a tripling of that for cobalt in 2008–09. If nothing changes, demand will outstrip production within 20 years. We expect this to occur for cobalt by 2030 and for nickel by 2037 or sooner.

N’espérez pas faire fortune en mettant à l’abri quelques kilos de nickel et de cobalt : des experts qui n’étaient absolument pas liés à l’industrie minière1 disaient la même chose des ressources en lithium, jusqu’à ce qu’une vague d’investissements permette de découvrir de nouveaux gisements un peu partout dans le monde, de l’Amérique latine au nord de la Chine en passant par l’Afghanistan. La flambée des prix et les difficultés d’exploitation sont réelles, la date d’une (éventuelle) pénurie est une fantaisie.

Quand elle n’est pas « attendue » pour 2030, elle doit arriver en 2022, ou peut-être en 2040, ou bien… jamais. De l’aveu même des auteurs de cet article, les réserves de cobalt « extractibles de manière rentable »2 suffiraient à couvrir la production de 833 millions de véhicules électriques3, ou bien de 65 smartphones par personne4, sans rien changer aux processus d’extraction ni à la chimie des batteries.

Or les fabricants rêvent d’éliminer le cobalt, qui contribue à la stabilité et à la longévité des batteries au lithium, mais aussi à leur prix élevé. Les investisseurs s’inquiètent moins d’une pénurie durable que de secousses politiques au Congo, qui compliqueraient l’accès aux réserves du premier producteur mondial de cobalt, et de l’incapacité de l’industrie australienne à prendre le relais.

Quoi qu’il en soit, et même si les auteurs assurent que « le recyclage ne pourrait renflouer les réserves », il faudrait plutôt s’alarmer du nombre de batteries au lithium jetées sans autre forme de procès. La rentabilité économique du recyclage du lithium est, au mieux, hasardeuse. La rentabilité environnementale, par contre…


  1. Gleb Yushin, le quatrième coauteur de cet article, est « cofondateur, chief technology officer, membre du conseil d’administration et actionnaire de Sila Nanotechnologies », un fabricant d’anodes au silicium. Devinez quel matériau est présenté comme une alternative prometteuse au cobalt ?
  2. Sachant que la production de cobalt est généralement une sous-production de l’extraction de cuivre et de nickel.
  3. À raison de 12 kg de cobalt par batterie en moyenne, un chiffre que les fabricants s’attachent à faire basser à mesure que le prix du minerais augmente, à la faveur des progrès de la recherche. Pour comparaison, les publications spécialisées et les chercheurs estiment qu’un peu plus d’un milliard de voitures personnelles circulent dans le monde.
  4. Ou 500 000 000 000 batteries de smartphone, à raison de 20 grammes par batterie en moyenne. La population mondiale est estimée à 7,6 milliards de personnes par l’Organisation des Nations unies.