métro[zen]dodo

De l’inanité du démantèlement de Facebook

Chris Hugues, cofondateur et ancien porte-parole de Facebook, New York Times :

A century later, in response to the rise of the oil, railroad and banking trusts of the Gilded Age, the Ohio Republican John Sherman said on the floor of Congress: “If we will not endure a king as a political power, we should not endure a king over the production, transportation and sale of any of the necessities of life. If we would not submit to an emperor, we should not submit to an autocrat of trade with power to prevent competition and to fix the price of any commodity.” The Sherman Antitrust Act of 1890 outlawed monopolies. More legislation followed in the 20th century, creating legal and regulatory structures to promote competition and hold the biggest companies accountable. The Department of Justice broke up monopolies like Standard Oil and AT&T. For many people today, it’s hard to imagine government doing much of anything right, let alone breaking up a company like Facebook. This isn’t by coincidence.

Effectivement, ce n’est pas une coïncidence. C’est du bon sens ! Les deux exemples de démantèlement cités par le cofondateur de Facebook sont les seuls, et ne sont pas forcément convaincants. La Standard Oil a été dissoute en 1911. Le trust est devenu un cartel, dont Exxon et Mobil ont émergé après un demi-siècle. Aujourd’hui, ces deux entreprises n’en sont plus qu’une, parmi les plus grandes de la planète.

Ses comparses s’appellent BP et Chevron, eux aussi héritiers de la Standard Oil. Le cartel est devenu un groupe d’intérêt d’une puissance sans commune mesure, capable de pousser les gouvernements à la guerre et de freiner la lutte contre la crise climatique. Le démantèlement de la Standard Oil a favorisé la concurrence… entre les banquiers et les golden boys.

Sept opérateurs régionaux sont nés de la scission du monopole régulé d’AT&T en 1984. Certes, deux d’entre eux sont à l’origine du deuxième opérateur américain, Verizon. Mais 21 ans ne s’étaient pas écoulés que Southwestern Bell avait repris trois de ses compagnons, son ancienne maison-mère, et finalement le nom d’AT&T. Le démantèlement d’AT&T a favorisé la concurrence… pour le titre d’opérateur le plus cher du marché.

Cela ne veut pas dire qu’il faille déréguler. Bien au contraire : si l’on parvient au point où l’idée boiteuse du démantèlement semble être le seul recours, c’est que l’on n’a rien fait pendant trop longtemps. Les gouvernements en font trop peu, et le font trop tard1. Les lois existent. Aux responsables de les appliquer. Les sanctions sont ridicules. Aux citoyens de réclamer leur renforcement. (Et de fermer leur compte Facebook. Et leur compte Instagram.)

Mise à jour du 13 mai 2019 — Nick Clegg, vice-président de Facebook responsable de la communication, répond à Chris Hugues, toujours dans le New York Times :

Big in itself isn’t bad. Success should not be penalized. Our success has given billions of people around the globe access to new ways of communicating with one another. Earning money from ads means we can provide those tools to people for free. Facebook shouldn’t be broken up — but it does need to be held to account. Anyone worried about the challenges we face in an online world should look at getting the rules of the internet right, not dismantling successful American companies.

Pour que je sois d’accord avec Facebook, c’est qu’il doit y avoir comme un problème.


  1. Standard Oil était en train de perdre son monopole au moment de son démantèlement.

Vous avez envie de discuter ? Envoyez-moi un courrier électronique. Vous voulez poursuivre la lecture ? Commencez ici. Vous vous sentez l’âme généreuse ? Offrez-moi un livre !