Du manque de crédibilité du journalisme web

Aude Carasco, La Croix :

La confiance, qui était tombée à un niveau très bas dans le précédent baromètre (réalisé juste avant les « affaires » Fillon), progresse aussi pour les médias traditionnels, à commencer par la presse écrite (52 %, + 8 %) et la télévision (48 %, + 7 %). Alors que culmine la défiance envers Internet : seul 1 Français sur 4 (25 %) jugeant crédibles les informations qu’il y trouve.

*« Les choses se sont passées comme la radio/le journal/la télévision/internet les raconte »* : le baromètre annuel de Kantar pose la question de la crédibilité plus encore que celle de la confiance. Force est de constater que les Français, par l’intermédiaire d’un échantillon représentatif de 1 000 personnes, font montre d’un certain scepticisme à l’égard des médias.

La majorité d’entre eux considèrent non pas que « les choses se sont vraiment passées » comme elles sont relatées, mais seulement « à peu près »1. Le scepticisme se transforme en franche méfiance, qui confine à la suspicion, lorsque l’on parle d’« internet »2. Une majorité de Français considère alors qu’« il y a sans doute pas mal de différences entre la façon dont les choses se sont passées et la façon dont » elles sont rapportées.

Or internet est la deuxième source d’information la plus importante, derrière les journaux télévisés et les chaînes d’information en continu, notamment par le biais des « sites internet ou applications mobiles des titres de la presse écrite ». Cela voudrait-il dire que le site web d’un journal est moins fiable que le même journal publié sur papier ?

Sans doute pas : les contenus sont souvent identiques, et le journal est appelé à devenir un compendium du site web, quand il ne l’est pas déjà. Le fait est que la distinction entre les différents médias est aujourd’hui vaine — la presse écrite, c’est du web, la radio, c’est du web, la télévision, c’est du web.

Les Français continuent pourtant à la percevoir : le journaliste web n’est pas distingué parmi les blogueurs plus ou moins talentueux, les « amis » des réseaux sociaux, et les fabricants de fausses informations. Mes confrères des médias « traditionnels » sont mieux considérés parce qu’ils sont plus identifiables, dans leur position d’autorité sur quatre colonnes à la une ou derrière un micro.

Mais ils ne sont pas bien considérés pour autant : je reste sidéré que les deux tiers des Français estiment que les journalistes sont écrasés par la pression « des partis politiques et du pouvoir » ou « de l’argent ». Pourtant, ils accordent plus de crédit aux informations disséminées sur les réseaux sociaux par les médias « traditionnels » (38 % d’opinions positives) que dans celles colportées par leurs « amis » (16 % d’opinions positives).


  1. Et lorsque je lis la couverture technologique de mes confrères généralistes, je crains que les Français aient entièrement raison.
  2. Entre guillemets, car l’étude confond allègrement « internet » et « web », et ne définit jamais clairement le périmètre d’application du terme, ce qui me semble introduire un biais de perception majeur.