E. L. James — Cinquante nuances de Grey

Anthony Nelzin-Santos

Cet article est issu de Kusikia, un exercice d’écriture de courtes critiques culturelles, publié entre mai 2012 et mars 2013.

Fifty Shades of Grey est à la littérature érotique ce que le film du dimanche soir sur M6 est au porno allemand des années 1990.

Certains y voient le reflet de l’accomplissement de la libération de la femme dans notre société par la maîtrise de ses désirs. Rendez-vous compte, elle ne se fait plus frapper, elle décide de se faire frapper. J’y vois plutôt un étalage de scénettes assez convenues formant une sorte de compendium du BDSM du mercredi soir, entrecoupées par des pages de descriptions, trois copies du même « contrat » de dominée à dominant, des dialogues de série Z et une vague tentative d’explication psychologique. Les deux ou trois Harlequin que j’ai feuilletés à des fins purement scientifiques méritent un prix Nobel en comparaison.

Dans un sens, Fitfy Shades of Grey réussit son pari : armée de son dictionnaire des synonymes, E. L. James se transforme en maîtresse dominatrice et frappe le lecteur à coup de clichés, mord dans sa peau avec le copier-coller et le fait rendre les armes à la cinquantième description de l’odeur du shampooing de Christian Grey ou de la trentième paraphrase décrivant un haussement de sourcil.

Il faut aimer être torturé pour lire Fitfy Shades of Grey.