métro[zen]dodo

Les écrans larges favorisent l’écriture

En discutant d’écrans, je me suis rendu compte que je n’avais pas utilisé depuis près d’un an le mode pivot du mien — alors que je suis quelqu’un qui ne cesse de s’énerver que nos écrans « modernes » soient de plus en plus larges et de moins en moins hauts, et qui avait spécifiquement acheté un moniteur pour écrire et relire. Je me suis en fait rendu compte que plus l’écran était large, plus, paradoxalement, je travaillais en mode colonne, comme si l’écran était haut.

J’utilise en effet la plupart du temps une colonne pour mon matériau source (le web, un PDF, etc.), une pour ma production (texte, code, stats, etc.), et baste. La journée, ma colonne de texte est légèrement plus petite pour afficher les trois derniers mails et les trois derniers tweets, là encore sous la forme de colonnes.

Mon écran large (16:9) me sert en fait comme deux écrans hauts (8:9), et c’est paradoxalement sur les écrans hauts de l’iPhone et de l’iPad que j’ai aujourd’hui le plus de mal à écrire. Sur iPad en effet, je ne peux pas mettre de documents de référence à côté de mon document de travail, le plein écran d’Apple étant par essence monotâche. Utilisant beaucoup Windows 8 ces derniers temps, je ne peux qu’applaudir Microsoft de proposer un mode permettant d’afficher deux applications à l’écran : c’est précisément comme cela que j’utilise mon Mac 90 % du temps. J’aime aussi beaucoup l’approche de Scrivener, qui me permet d’avoir une colonne étroite de texte et d’étaler mes documents de part et d’autre — c’est moins efficace sur un écran 4:3, j’ai essayé.

Je trouve d’ailleurs révélateur que pour parler du même sujet, David Bosman ait choisi d’illustrer son propos non pas avec une colonne de texte, mais avec un livre « ouvert ». Je suis en pleine reprise de mon mémoire, et j’ai un mal fou à le lire : il est imprimé une page sur deux, ce qui fait que le texte est plus haut que large, sans continuité sur la deuxième page qui donnerait l’impression inverse.

J’ai de même énormément de mal à lire sur un format A4, sauf à passer en deux colonnes sur une feuille imprimée en paysage. J’ai véritablement l’impression qu’il s’agit d’un phénomène physique : on a l’habitude de mettre deux objets l’un à côté de l’autre, parce que nos bras sont ainsi faits qu’il est plus facile de les ouvrir que de les étendre, parce que notre cou pivote avec plus d’amplitude dans l’axe x qu’il ne se déplace dans l’axe z.

Paradoxalement donc, j’attends avec impatience l’arrivée des écrans 21:9. Ils me permettront d’étendre un tout petit plus mes colonnes, voire d’en caser deux petites l’une sur l’autre dans un coin. Et donc de gérer encore un peu moins mes fenêtres (mon système est une sorte de pseudo-tiling), donc de passer plus de temps à écrire, et donc à être à la fois plus productif et plus tranquille d’esprit.

PS : je tiens à préciser deux choses. J’ai remarqué que j’avais un mal fou à travailler sur le MacBook Air 11”, précisément parce que mes deux colonnes sont trop petites : il semble que mon mode de fonctionnement ne commence à être efficace qu’à partir de 13” et une définition de 1 280 x 800 pixels. J’ai aussi récemment modifié l’ordre de mes colonnes : je mettais jusqu’ici ma source à gauche et mon travail à droite, je les ai permutées. Comme je ne vois que de l’œil gauche, je dois désormais beaucoup plus me concentrer pour lire la source, mais il m’est aussi beaucoup plus simple de ne pas décrocher de mon travail. J’ai beaucoup de mal à m’y tenir, mais il semble que ça ait un réel impact sur ma profondeur de lecture et ma densité d’écriture, aux dépens de ma mobilité visuelle.