Fernando Meirelles — 360

Anthony Nelzin-Santos

Cet article est issu de Kusikia, un exercice d’écriture de courtes critiques culturelles, publié entre mai 2012 et mars 2013.

De La Ronde1, Fernando Meirelles n’a repris que le principe de la chaîne de protagonistes, un maillon donné ignorant le suivant (machin connaît truc, truc connaît muche, machin connaît muche, mais muche ne sait pas que machin et truc se connaissent). Plus convenu, moins caustique, plus dépressif, moins risqué, 360 est plus grand public et un peu moins fort que La Ronde.

Il est à vrai dire servi par une distribution de rêve, d’un Anthony Hopkins fantastique dans un monologue sans fard aux Alcooliques anonymes à un Jude Law parfait dans le rôle du cadre au bout du rouleau en passant par une Rachel Weisz impeccable en petite bourgeoise… et un Jamel Debbouze surprenant et étonnamment touchant en amoureux transi retenu par sa morale religieuse.

Ce casting est paradoxalement la source des faiblesses de ce film choral. Il y a trop de talent, trop de perfection, trop de justesse dans 360 pour qu’il représente fidèlement la ronde des relations humaines — il sent le théâtre, alors qu’il devrait sentir la sueur. Les séquences s’enchaînent et avec elles les villes, les ambiances musicales, les identités visuelles — Fernando Meirelles finit par se transformer en tour operator de seconde zone.

Plus convenu et moins caustique que La Ronde, 360 est presque trop convenu, trop fade, trop facile. Il n’en reste pas moins un bon film. Du genre que l’on regarde un dimanche soir sur TF1 à attendre que le lundi vienne.


  1. Arthur Schnitzler, La Ronde, Paris, Stock, coll. La cosmopolite, 2002, 213 p.