métro[zen]dodo
Image d’illustration de l’article Le jour d’après (6)
Colleen Novielli présente le Pro Display XDR.

Le jour d’après (6)

Quelques remarques au sujet du keynote d’ouverture de la WWDC 2019 :

  • comme prévu, le Mac Pro est un appeau à geeks1. C’est une machine résolument professionnelle, avec la configuration d’une machine résolument professionnelle, au prix d’une machine résolument professionnelle. Le Mac Pro est au Mac mini ce que la Ferrari SF90 est à la Renault Clio, et c’est précisément ce qu’il doit être. Quand bien même elle ne se vendrait qu’à quelques (dizaines de) milliers d’exemplaires, cette machine est déjà un succès, parce qu’elle fait rêver ceux qui critiquaient Apple encore hier.
  • si le Pro Display XDR est à la hauteur des spécifications avancées par Apple, alors son prix de 4 999 $ (sans le pied) est incroyablement abordable. Les créateurs indépendants vont pouvoir franchir l’obstacle tarifaire qui les empêchaient de produire des fichiers Dolby Vision.
  • Apple échaudée ne craint visiblement pas l’eau froide : plutôt que d’utiliser des cartes graphiques et des extensions traditionnelles, la firme de Cupertino a préféré concevoir des modules MPX propriétaires. Sera-t-elle capable de revoir rapidement et fréquemment les modules graphiques ? Les accessoiristes profiteront-ils des possibilités offertes par la bande passante et l’alimentation du connecteur propriétaire ? L’avenir du Mac Pro dépend de la réponse à ces questions.
  • la conception du Mac Pro et du Pro Display XDR est inspirée par la nature, mais leur apparence semble sortie d’un manuel d’architecture brutaliste. Est-ce une nouvelle évolution du langage visuel d’Apple, ou le produit exceptionnel d’une nécessité ? Je me demande à quoi pourrait ressembler un MacBook Pro plus angulaire, ou un iMac doté d’un pied massif.
  • à l’autre bout de la gamme, les évolutions continues de watchOS sont plus profondes qu’il n’y parait. Les cadrans ne sont pas seulement jolis : ils permettent de s’approprier le produit2, de l’accorder à son humeur ou ses vêtements, de vouloir le porter. Le soin apporté à la santé auditive rappelle que la montre connectée est aussi une oreille connectée, l’égrenage des heures par le son et la vibration confirme l’intérêt de ce produit dans une perspective d’accessibilité.
  • une femme porteuse d’un handicap visible a mené une démonstration de premier plan. Je crois que c’est une première. (D’ailleurs, les nouvelles fonctions de contrôle vocal améliorent encore l’accessibilité d’iOS et de macOS. En la matière, Apple a des années-lumière d’avance.)
  • les annonces cachent ce qui s’annonce. Le mode sombre d’iOS ou l’« invention » d’un iPadOS ne méritent pas la moindre seconde d’attention. Mais les longues minutes consacrées à Siri, qui peut jouer un rôle proactif sur les AirPods ou plus ambiant sur le HomePod ? La présentation de Swift UI, qui ressert encore les liens entre les différents appareils, et accélère la liquidation des technologies issues de NeXT ? Les démonstrations de RealityKit et du Reality Composer ? Nous sommes les spectateurs d’un changement d’ère technologique.

  1. Cette vidéo publiée par Marco Arment, le développeur du lecteur de podcasts Overcast, est pathétiquement révélatrice.
  2. La même logique s’applique au suivi des cycles menstruels (mieux vaut tard que jamais). Apple aurait pu se contenter de le mentionner en passant en revue les nouveautés d’iOS 13, puisqu’il dépend de l’application Santé. Mais en le présentant au travers de watchOS, elle établit la montre comme un appareil extrêmement intime, comme un élément d’objectivation d’un corps que l’on ne contrôle pas toujours.