Image d’illustration de l’article Le jour d’après (2)
Eddy Cue, vice-président sénior d’Apple en charge des services et logiciels internet, présentant les retransmissions sportives en direct sur l’Apple TV 4K. À son poignet, une Apple Watch Series 3 montée sur un magnifique bracelet Sport Ultraviolet. Image Apple.

Le jour d’après (2)

Anthony Nelzin-Santos

Quelques remarques au sujet du special event du 12 septembre 2017 :

  • Apple présente son campus et ses boutiques comme des produits, au même titre que l’iPhone ou le Mac. Ils font partie de l’écosystème de la société : ils aident à fidéliser le client, à *« combler »* l’utilisateur, à « élever » l’humain, à « laisser le monde dans un meilleur état ».
  • Ces mots, issus des documents financiers et du mission statement de la société, résument l’idéologie d’Apple. Du temps de Steve Jobs, elle s’incarnait dans les produits. Depuis l’accession de Tim Cook à la tête de la société, elle dépasse les produits et forme un véritable programme politique. Les boutiques d’Apple sont désormais conçues comme des agoras, des espaces où se forge une nouvelle culture, issue des créations numériques et des applications.
  • L’iPhone X doit tout à l’Apple Watch, formidable terrain d’expérimentation de nouvelles formes d’interaction, de nouveaux matériaux, de nouveaux composants. Quels produits profiteront de l’expérience acquise avec les AirPods ?
  • Apple a répondu à mes interrogations sur la reconnaissance faciale, mais je ne suis pas complètement convaincu par Face ID. Un coup d’œil ne suffit pas à assurer le consentement de l’utilisateur, de mon point de vue, surtout dans le climat actuel de renforcement de l’arbitraire policier1. De manière beaucoup plus pragmatique, Face ID pose des questions d’accessibilité aux personnes souffrant de troubles visuels2 ou moteurs3. Comme Touch ID avant lui, Face ID permettra d’augmenter la sécurité du plus grand nombre, mais je préfère me donner le temps de réfléchir aux avantages et aux risques de la reconnaissance faciale.
  • Des bracelets violets. Ce n’est pas trop tôt.

  1. Vous me direz que je suis paranoïaque. Mais non, je suis seulement journaliste. Même si je n’ai jamais dévoilé de secret d’État, j’ai le devoir de protéger mes sources, et d’établir un « modèle de menace » en conséquence. Un avocat, un médecin, un policier, un pharmacien, ou même un prêtre, devraient s’astreindre au même exercice. Comme Face ID remet en cause mon modèle actuel (utilisation de Touch ID devant un code alphanumérique complexe pour le déverrouillage et le paiement, codes alphanumériques complexes plutôt que Touch ID pour contrôler l’accès à certaines applications sensibles, désactivation de Touch ID — facilitée par iOS 11 — et suppression des données professionnelles lors de voyages à l’étranger), je préfère prendre le temps de réfléchir aux implications de la reconnaissance faciale, plutôt que de sauter sur le dernier gadget techno à la mode.
  2. Sans parler de cécité : comment contrôler l’attention d’un utilisateur portant des lunettes sombres parce qu’il souffre de photophobie… ou aime porter des lunettes de soudeur du Jour de l’an à la Saint-Sylvestre ? « Ce n’est pas possible », répondent les réglages d’accessibilité relatifs à Face ID, qui désactivent tout simplement ce pan de la reconnaissance faciale.
  3. Sans parler de tétraplégie : le contrôle de l’iPhone X par des gestes tactiles demande une précision que le bouton des précédents iPhone ne demande pas, et que les personnes souffrant de troubles musculo-squelettiques ou d’arthrose ne peuvent pas forcément atteindre. L’accessibilité n’est pas qu’une affaire de handicaps « visibles ».