Len Wiseman — Total Recall : Mémoires programmées

Anthony Nelzin-Santos

Cet article est issu de Kusikia, un exercice d’écriture de courtes critiques culturelles, publié entre mai 2012 et mars 2013.

On ne fait pas un remake sans y laisser ses empreintes : la réinterprétation va de pair avec une appropriation. Kurt Wimmer, Mark Bombach, James Vanderbilt et Len Wiseman, tous très bancables, ne s’en sont pas contentés, et ont très largement réécrit Total Recall. Et auraient dû s’abstenir.

De l’original, on retrouve avant tout des détails destinés à amuser la galerie — la prostituée à trois seins ou la voiture dont le pilotage automatique se débraye d’un simple coup de poing. Au scénario crédible de la colonisation de Mars est néanmoins préféré un univers post-apocalyptique constitué de deux mondes opposés socialement et géographiquement, seulement reliés par une improbable « chute » passant par le centre de la Terre1.

Toute l’imagination des auteurs semble être passée dans cette idée saugrenue. On retrouve ainsi dans la Colonie une copie carbone du Los Angeles nipponisé de Blade Runner, une autre adaptation d’un ouvrage de Philip K. Dick — mais tout le monde n’a pas le talent de Ridley Scott. Le scénario brille par son absence, comblée par des cascades dopées aux effets spéciaux.

Certes, Total Recall : Mémoires programmées parvient au final à préserver l’ambiguïté entre « réalité » et souvenir fabriqué présente dans Souvenirs à vendre et dans le film original. Mais loin d’apporter une autre dimension à cette intrigue, il en affaiblit des pans entiers. Dans le grand ordre des choses, ce remake est inutile.


  1. Niou Taiknolog1e fait une excellente critique de toutes les incohérences posées par ce scénario. Pour autant qu’on puisse appeler cette succession d’absurdités un scénario.