métro[zen]dodo

L’année 2018 en livres

« Pour bien écrire il faut bien lire », disait ma grand-mère, qui devait sans doute l’avoir lu. Alors je lis — plusieurs dizaines d’articles par jour, deux ou trois journaux par semaine, quelques magazines par mois. Et 26 livres cette année, autant que l’an dernier, du moins sans compter les bandes dessinées.

Tsundoku. Comme la moitié de la planète, j’ai découvert le mot tsundoku cet été. Ma pile de bouquins n’a pas augmenté cette année, mais elle n’a pas baissé non plus. Lorsque j’ai acheté de nouveaux livres toutefois, j’ai privilégié les filières d’occasion et les libraires locaux1, qui m’ont permis de faire de belles découvertes, comme Moussa Konaté et Gerald Brenan.

La revanche de l’analogique. Après quelques tentatives avortées, je me suis finalement décidé à ouvrir un blog pour documenter ma recherche de l’encre violette parfaite. Dans le même temps, les Américains ont redécouvert le mot analog(ue). The New Analog m’a rappelé la valeur du bruit pour distinguer le signal, The Pencil Perfect est une lettre d’amour au crayon à papier d’une naïveté touchante.

La revanche du numérique. Mais que je tape sur un clavier ou que je gratte sur un carnet, je reste journaliste technologiste. Il fallait bien que je lise Hit Refresh (Satya Nadella est l’un des dirigeants les plus subtils de la Silicon Valley), Valley of Genius (une lecture kaléidoscopique, l’une des plus belles surprises de l’année), Creative Selection (une lecture insipide, l’une des plus grandes déceptions de l’année), ou encore Small Fry (qui est moins un livre à propos de Steve Jobs qu’un livre hanté par Steve Jobs).

La revanche du français. Ce n’est peut-être qu’une impression, mais je pense avoir lu en français plus qu’à l’accoutumée. Des lectures denses, comme Cuchet sur la déchristianisation, parfois décousues, comme Mollier sur la librairie Hachette, souvent prenantes, comme Hadjadj sur la « foi des démons ». Mais je dois dire que j’aimerais bien lire le prochain ouvrage de Javier Cercas, qui en train de s’imposer comme l’un de mes auteurs favoris, en version originale.

La revanche de Nothomb. Canal+, « Grand journal », 28 août 2012. Allez savoir pourquoi, Vincent Glad avait décidé d’accueillir Amélie Nothomb avec le classement des ventes de l’iBooks Store. Un choix d’autant moins judicieux que le bouquin de Nothomb n’était même pas premier ! Le premier, c’était Le guide d’OS X Mountain Lion, que j’ai écrit avec Nicolas Furno. « C’est un manuel, ça ne compte pas ! », s’était permise Daphné Bürki. Et pourtant, ça comptait. Reste que je n’avais pas lu le livre en question, Barbe bleue, ni même aucun autre ouvrage d’Amélie Nothomb. Cette erreur est désormais réparée.

Le mieux et le pire. Le mieux : j’ai enfin fini de lire les deux tomes des aventures de Dirk Gently. Au détour d’un passage stupidement génial, Douglas Adams a cette expression absurde, « a suffusion of yellow », qui me revient souvent à l’esprit. Le pire : L’homme nu, un torchon dont la promotion à tort de journaux et à travers de magazines montre la paresse de cette presse qui considère le journalisme technologiste comme une discipline « mineure », et se déconsidère en passant à côté de sujets majeurs.

Les deux bibliothèques. La mienne, d’abord, que j’ai commencé à cataloguer pour garder trace de mes lectures. Celle de la ville, ensuite, où j’ai repris une carte. La transformation des bibliothèques est bien documentée : ce n’est plus seulement le lieu où l’on vient emprunter un livre, mais aussi celui où l’on vient lire la presse et découvrir des films, où l’on vient pour travailler hors de la maison mais pas au bureau, où l’on vient apprendre une nouvelle langue, où l’on vient suivre des conférences, où l’on vient « faire société » comme dans peu de lieux. C’est incroyablement agréable, et pour ne rien gâcher, les outils numériques de la BM de Lyon (le catalogue, L’influx) sont plutôt bien foutus.


  1. Conséquence directe : j’ai passé deux fois moins de commandes sur Amazon. Qui l’eût cru ? Lorsque j’achète moins de livres, j’achète moins de saloperies plus ou moins inutiles. J’envisage désormais d’arrêter mon abonnement Prime, quelques lézardes — énormes cartons pour objets minuscules, retards systématiques, colis laissés sur le pas de la porte — commençant à apparaître dans l’édifice logistique d’Amazon.

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