métro[zen]dodo

par Anthony Nelzin-Santos

Image Gregory Culmer (Unsplash).

« Pour bien écrire il faut bien lire », disait ma grand-mère, qui devait sans doute l’avoir lu. Alors je lis — plusieurs dizaines d’articles par jour, deux ou trois journaux par semaine, quelques magazines par mois, et une trentaine de livres par an. Un peu plus cette année, 32 pour être précis, c’est fou le temps qui se libère lorsque l’on supprime Twitter et YouTube.

En français. Pour continuer sur ma lancée, je me suis « forcé » à lire en français. Paradoxalement, j’ai moins lu d’auteurs francophones (Georges Perec, Moussa Konaté, Olivier Goujon, Gérard Noiriel) que des traductions. Y compris, et c’est nouveau, de langues que je suis parfaitement capable de lire. C’est ainsi que j’ai lu Manhattan Transfer de John Dos Passos et Anatomie d’un soldat de Harry Parker, qui confirment que je dois fréquenter ma bibliothèque de quartier plus régulièrement, que j’ai terminé L’homme à la clef d’or de G. K. Chesterton deux ans après l’avoir commencé, et que j’ai dévoré Le monarque des ombres de Javier Cercas.

Sur le français. Je n’ai pas seulement lu en français, mais aussi sur le français. Le ministre est enceinte, du maitre Cerquiglini, est une belle histoire de la féminisation des noms. Le français est à nous, de Maria Candea et Laélia Véron, milite en faveur d’un français conçu — et enseigné — comme une langue vivante. L’amour du français, enfin, est aussi touffu et passionnant qu’Alain Rey peut l’être. Trois lectures qui m’ont aidé à finaliser mon guide orthotypographique, et qui ne seront pas les dernières sur le sujet.

Écrire. « Pour bien écrire il faut bien lire », et parfois lire sur l’écriture. L’Autoportrait de l’auteur en coureur de fond d’Haruki Murakami et Zen in the Art of Writing de Ray Bradbury ne pourraient pas être plus opposés. L’un n’est pas loin du roman autobiographique, l’autre est un recueil d’essais disparates. L’un travaille sa foulée avec des chaussures de course, l’autre tape du pied avec des chaussures de randonnée. Mais les deux décrivent la même envie — non, le même besoin. « Not to write, for many of us, is to die », dit très justement Bradbury.

Le meilleur du pire des technologies. Surprise ! Comme tant de livres « sur Apple », celui de Leander Kahney sur Tim Cook est conçu pour illustrer un propos écrit d’avance avec des exemples de troisième main. Surprise ! Dans Why Social Media is Ruining Your Life, Katherine Ormerod explique moins pourquoi que comment les réseaux sociaux nous retournent le cerveau, ce qui m’a toutefois aidé à précipiter mes réflexions. Surprise ! Mike Isaac s’est admirablement tiré de l’exercice difficile de la biographie en temps réel, avec son livre fort bien mené sur Travis Kalanick et Uber.

Science-fiction, sans science ni fiction. Je ne lis pratiquement plus de romans de science-fiction ou d’anticipation. Nombre d’auteurs contemporains me semblent cruellement manquer d’imagination, comme s’ils étaient dépassés par ce monde qui réalise les plus folles prédictions de leurs prédécesseurs. Transparence, où Marc Dugain fait du sous-Houellebecq jusqu’à singer son conservatisme aux relents racistes, et Anyone, où Charles Soule peine à tenir en main son postulat pourtant intrigant, n’y changeront rien.

Un quart. C’est la part, désespérément basse, des œuvres de fiction dans mes lectures. Les romans ont été concurrencés par les œuvres religieuses, quelques bandes dessinées, mais surtout les essais plus ou moins liés à mes occupations professionnelles. J’aimerais vraiment changer cela : je lis pour apprendre, mais aussi pour me détendre. Et croyez-moi, le Léviathan de Hobbes, même dans une version (très) raccourcie, n’est pas une lecture de tout repos.

Écouter, est-ce lire ? Je n’ai encore jamais « lu » de livre audio. Cette année, j’aimerais en lire un chaque mois, en commençant par la biographie de Michelle Obama. Je suis curieux d’observer mes mécanismes de mémorisation affronter ce format, de découvrir comment prendre des notes, de savoir ce que le son change dans l’activation des imaginaires et des représentations… et si je suis capable de maintenir mon attention, alors que j’écoute souvent des podcasts de manière parfaitement passive, en coupant des légumes ou en me brossant les dents.

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