Mamoru Hosoda — Les Enfants loups, Ame et Yuki

Anthony Nelzin-Santos

Cet article est issu de Kusikia, un exercice d’écriture de courtes critiques culturelles, publié entre mai 2012 et mars 2013.

Impossible de ne pas voir dans Les Enfants loups, Ame et Yuki le film par lequel Mamoru Hosoda et son studio Chizu veut prendre sa revanche contre Miyazaki et le studio Ghibli. Animateur de talent (il a travaillé sur l’incontournable Dragon Ball Z et on lui doit le superbe Summer Wars), Hosoda propose un film au dessin épuré et à l’animation fluide, précisément comme un Miyazaki.

Comme les Ghibli, Les Enfants loups prend le fantastique pour acquis, détournant la tradition japonaise autour des loups Honshū. Alors jeune étudiante, c’est presque naturellement que Hana rencontre le dernier homme-loup, qui meurt après lui avoir fait deux enfants, Ame et Yuki. Deux petits enfants-loups qui devront grandir loin de Tōkyō, cachés dans la campagne.

Les Enfants loups prend alors une double tournure. Il a ce côté contemplatif que beaucoup d’Européens détestent dans les animes (il dure deux heures), mais qui est un élément constitutif de la trame narrative. Dans un Japon insulaire et parfois hermétique, il est aussi un film d’adultes sur le thème de l’altérité, de la construction de l’identité, et sur les rapports sociaux. C’est paradoxalement dans la ville anonyme que ces enfants loups sont en danger ; alors que Hana était allé chercher l’isolation à la campagne, elle y a découvert la solidarité.

Les Enfants loups finit comme une fable, sans pour autant imposer une morale trop lourde. Agréable à regarder, il pose aussi de véritables questions — comme tous les grands animes dont il est.