Les numéros de téléphone peuvent être traduits en URLs

Mon mépris du téléphone, et plus largement des méthodes de communication synchrones, est bien connu. Mon approche est toutefois moins radicale que celle du développeur Hugo Landau, qui ne possède tout simplement plus de numéro. Les liens de son article sur le plan de numérotation E.164 m’ont appris l’existence de la spécification ENUM, un protocole maintenu par l’UIT-T permettant de transposer les numéros de téléphone en noms du domaine technique .arpa.

Le domaine e164.arpa est réservé à cet effet, et la transposition consiste à renverser les chiffres du numéro puis les séparer par des points, pour former une cascade de sous-domaines. Le numéro de téléphone +33 4 78 37 65 98 devient ainsi 8.9.6.5.7.3.8.7.4.3.3.e164.arpa. Cette adresse pourrait être utilisée pour communiquer l’identifiant SIP correspondant sous la forme d’un enregistrement de type NAPTR. « Pourrait », parce que ce n’est évidemment pas le cas dans nos vertes contrées.

Au printemps 2001, ce qui n’était encore que l’Autorité de régulation des télécommunications avait mené une consultation publique sur le protocole ENUM. La synthèse, publiée quelques semaines plus tard, soulevait la question des relations entre les opérateurs téléphoniques et les registres de domaine. En janvier 2002, l’heure était pourtant encore à l’optimisme, comme en témoignage un article de Libération :

L’e-number d’une personne est une suite de chiffres dérivée de son numéro de téléphone. En composant ce numéro, on aura accès à l’ensemble des adresses de son correspondant : messagerie électronique, site web, pager, mobile, téléphone fixe et télécopie… Plus besoin de surcharger son agenda, un seul numéro suffit pour accéder à tout. Le service après-vente d’une entreprise pourra, par exemple, basculer automatiquement ses correspondants vers des pages de son site web accessibles depuis un téléphone mobile de troisième génération UMTS.

Deux ans plus tard, le service des Technologies et de la société de l’information du ministère de l’Économie annonçait la conclusion du projet Numerobis de plateforme d’interconnexion. Une conclusion en forme d’enterrement, puisque ce qui est devenu l’Arcep n’a pas mentionné ENUM depuis. Le domaine 3.3.e164.arpa est bien délégué à l’Afnic , mais l’enregistrement est indisponible.

Alors que le protocole ENUM est déployé dans une dizaine de pays européens, dont l’Allemagne, le groupement des Réseaux IP européens acte le « hiatus » français. « Aucune expérimentation n’est prévue » en France, car « nous n’avons aucune preuve d’un intérêt commercial pour les justifier ». Cela n’a probablement rien à voir avec le fait que ce protocole promeut les connexions VoIP au détriment des opérateurs téléphoniques…