De la morale de la voiture autonome

Nathaniel Herzberg et David Larousserie, Le Monde :

« La voiture autonome ne prend pas une décision mais dix ou cent par seconde, ajoute Guillaume Devauchelle, directeur de la recherche et du développement chez Valéo. Avant de se trouver devant ce dilemme impossible, sans voie de dégagement possible, elle aura ralenti. Plus profondément, cet article regarde la mobilité de demain avec les yeux d’aujourd’hui. Or, tout le paradigme va changer. Si vous n’êtes pas au volant, le temps n’est plus perdu, la vitesse n’a plus la même valeur. Ces scénarios deviennent absurdes. »

« Avant d’autoriser nos voitures à prendre des décisions éthiques », dit l’équipe de chercheurs du projet Moral Machine, « il importe que nous ayons une conversation globale pour exprimer nos préférences aux entreprises qui concevront les algorithmes moraux et aux responsables politiques qui vont les réguler. » Et si nous avions, avant toute chose, une conversation « globale » sur la place de la voiture autonome ?

Si la voiture devient un bureau mobile ou une chambre d’hôtel sur roues, doit-elle encore rouler à plus de 50 km/h ? Si la rue devient une place, si l’espace de transit devient un espace de visite, si la voiture n’a plus la priorité absolue, faut-il encore craindre les scénarios les plus absurdes ? Si l’on tue la voiture reine plutôt les piétons soumis, faut-il encore nous rebattre les oreilles avec de nouvelles variantes du dilemme du tramway ?