L’année 2018 en mots

Anthony Nelzin-Santos

Est-ce parce que je me suis remis à lire des romans français ? Est-ce parce que j’ai croisé quelques vieux amis que je n’avais pas vus depuis longtemps ? Est-ce parce que ma mémoire commence à s’émousser ? Toujours est-il que cette année, j’ai eu l’impression de (re)découvrir de nombreux mots. Malheureusement, je n’ai pas pensé à les noter avant le début de l’été. J’y ferai plus attention en 2019, une résolution qui sera bien facile à tenir.

Psilose. Je connaissais amuïssement. La psilose est le phénomène d’amuïssement du « h », c’est-à-dire la perte de l’aspiration, notamment en début de mot. Découvert lors d’une exploration printanière des pages de Wikipédia sur la linguistique.

Pétrichor. Néologisme australien des années 1960 pour désigner la substance huileuse sécrétée par certaines plantes qui, avec la géosmine provenant de certaines bactéries, produit cette odeur terreuse si caractéristique des retours d’averses. Par Arnaud Jourdain, qui l’a entendu dans un épisode de Doctor Who.

Mysophonie. « Haine du son », un trouble neuropsychique entraînant des réactions psychiques, voire physiques, à certains sons. Découvert le 9 juillet dans l’excellent podcast Twenty Thousand Hertz.

Tsundoku. Du japonais tsunde oku pour « laisser s’empiler », transformé au début du XXe siècle en tsunde doku, avec doku pour « lire ». Désigne parfaitement l’état de ma bibliothèque, une pile qui ne diminue jamais. Découvert en même temps que la moitié de la planète le 12 juillet, dans un article du fabuleux Open Culture.

Phénomène de Baader-Meinhof. Après avoir appris le mot « pétrichor », j’ai eu l’impression de le lire partout, un biais cognitif que certains décrivent comme le phénomène de Baader-Meinhof. Trouvé le 10 août, lors d’une discussion avec Mathieu Fouquet, où nous parlions bien sûr des mots que nous avions récemment découverts.

Exequatur. Dans le contexte diplomatique, autorisation donnée au représentant d’une puissance étrangère d’exercer ses fonctions par le pays dans lequel il est envoyé. Un mot formé, cela ne s’invente pas, par amuïssement du « s » dans le mot latin exsequatur, et utilisé avec un sens similaire dans le domaine juridique. Un lointain souvenir universitaire, ressurgi début septembre, lors d’une discussion avec ma femme sur les ambassades et les consulats.

Édicule. Un petit édifice construit sur la voie publique, à la manière des kiosques ou des sanisettes. La contribution annuelle de Léo Dumont à mon éducation, juste avant de souffler les bougies de mon 31e gâteau.

Sociofinancement et infonuagique. De beaux québécismes pour crowfunding et cloud computing, qui ont traversé l’Atlantique avec Éric Brunelle, président de Druide informatique, lors de sa visite trisannuelle le 17 novembre.

Battre comme plâtre. Littéralement : gâcher, dans le sens de mélanger le plâtre, une opération qui ne demande plus la vigueur d’autrefois. Au figuré : frapper, battre. L’un de ces gérontologismes dont mes collègues sont friands, et qui m’ont l’air de former le fonds de commerce de l’application Mot du jour. Ressorti par Florian Innocente le 21 novembre.

Farfinage. Un autre québécisme, au sens voisin de tergiversation, trouvé dans Antidote le 28 novembre, comme une traduction de nitpicking. Quitte à choisir un mot précieux, je lui ai préféré « quadricapillosection », que tout ancien préparant doit caser deux fois l’an1.

Timbre. Au sens de sonnette, chez Bernanos début décembre ou encore hier dans une traduction de Manhattan Transfer, une acception que j’avais complètement oubliée.

Ingambe. Qui jouit de l’usage normal de ses deux jambes, une nouvelle fois chez Bernanos, le 17 décembre.


  1. On dit aussi « tétrapilectomie » ou « capillotétratomie », mais j’ai toujours été piètre helléniste.