Off

Je quitte Twitter. Au moins pour un temps. Peut-être définitivement.

Sans Twitterrific, je ne pourrais pas dire que l’oiseau bleu a scié la branche sur laquelle il était perché. Sans Tweetie, je ne pourrais pas « tirer pour rafraîchir ». Sans Echofon et Tweebot, sans les centaines de clients tiers qui ont formé l’un des champs d’expérimentations les plus fertiles, Twitter ne serait rien. Aujourd’hui pourtant, Twitter a décidé de couper les ailes des applications qui l’ont aidé à décoller.

Sans Robert S. Anderson, pas de mentions. Sans Chris Messina, pas de mots-dièse ou de hashtags ou d’octothorpes ou d’appelez ça comme vous voulez. Sans Eric Rice, pas de retweets. Sans utilisateurs, pas de réseau. Aujourd’hui pourtant, Twitter refuse de protéger ses utilisateurs contre la désinformation et le harcèlement. Pour satisfaire des investisseurs obsédés par les sacro-saints MAU, Jack Dorsey a sacrifié son bon sens et sa décence, bradé la santé mentale (et parfois l’intégrité physique) de centaines de millions de personnes pour quelques centaines de millions de dollars.

En refusant d’agir contre les injures et le harcèlement, en servant de porte-voix aux désinformateurs et aux racistes (pour ne pas dire : aux terroristes des extrêmes droites), en manquant d’appliquer ses propres règles1, Twitter s’est rendu complice d’un travail de sape des normes sociales les plus basiques. Je refuse de l’être — et je refuse de continuer à me soumettre, par pression sociale ou par exigence professionnelle2, à une sorte de lingchi numérique.

Je vois le succès des interrogations faussement candides et des attaques finement voilées, des accès de rage et des propos inanes, de la philosophie de café du commerce et du commentaire politique de cour d’école. Ma liste de blocage s’allonge à mesure que ma liste de suivi s’amenuise, mais chaque tweet qui trouve une faille est comme une coupure supplémentaire. Et je suis à court de pansements3.


  1. Il y a quelques années, un lecteur de MacGeneration visiblement frustré d’avoir été banni de nos colonnes après un dérapage raciste, s’est pris de passions pour mes tweets. Après quelques insultes sur mes opinions politiques présumées, quelques injures vaguement raciales sur mon nom à la consonance étrang(èr)e, et quelques menaces, j’ai signalé son profil à l’équipe de modération de Twitter. Alors même qu’un ami avocat me conseillait de déposer plainte (mais pourquoi consacrer du temps à un troll inconséquent ?), Twitter n’a rien trouvé à y redire. Cet aimable personnage, qui considère le Front national comme un repaire de joyeux gauchistes, a continué à insulter et menacer des dizaines de personnes, à multiplier les injures homophobes et les insultes racistes, à répandre son venin de tweet en tweet. Il y a quelques jours, Twitter m’a informé qu’après un nouvel examen, il apparaissait finalement que cet utilisateur violait bien les règles du réseau social contre la « conduite haineuse ». Son compte n’a pourtant pas été suspendu…
  2. Soyons sérieux : mon travail n’exige pas vraiment de compte Twitter. D’autres journalistes vous diront qu’ils ne peuvent pas ignorer Twitter, mais en vérité, les agenciers font l’essentiel du travail de collecte des tweets. Si les journalistes utilisent Twitter, c’est que les autres journalistes utilisent Twitter, et que le journaliste est un animal grégaire. Le journaliste moderne doit être acteur de l’information, et plus seulement spectateur, crier son existence pour justifier son salaire… et attirer l’œil de son futur employeur.
  3. Mes comptes Twitter continueront à publier automatiquement. Les articles publiés sur métro[zen]dodo seront relayés sur le compte @metrozendodo, les articles publiés sur les sites de MacGeneration et d’autres annonces seront relayés sur le compte @anthonynelzin, par l’intermédiaire d’IFTTT. Je continuerai à utiliser les réseaux sociaux que je peux consulter sans une boîte d’anti-dépresseurs à portée de main, comme Instagram ou Reddit. Et ma boîte mail est toujours ouverte.