métro[zen]dodo

Repenser l’Apple Watch (3)

La télécommande de l’Apple TV, dont on peine à distinguer les boutons. Le clavier du MacBook Pro, qui se grippe au moindre grain de poussière. Le châssis de l’iPad Pro, qui se tord dans les sacs à dos. Le centre de contrôle, relégué dans un coin qu’aucun doigt ne peut atteindre. Ces produits ne sont pas simplement hostiles, en ce qu’ils s’opposeraient à leurs utilisateurs, mais carrément impersonnels, parce qu’ils les ignorent.

Et puis il y a l’Apple Watch, « l’appareil le plus personnel ». Paradoxe ? Non : révélateur. C’est précisément depuis qu’elle scrute le corps à la loupe, qu’elle le voit comme une machine à produire des données, qu’Apple ne comprend plus le corps dans son ensemble, qu’elle méconnaît la chair et le sang. Steve Jobs lui-même accusait ses clients de « mal tenir » leur téléphone, mais était encore capable de se reprendre, et de modeler des appareils à la main et aux poches de leurs futurs utilisateurs.

Ce malentendu est la manifestation la plus visible du syncrétisme hippie, cette religion typiquement californienne, dont Palo Alto est la Jérusalem. Le corps n’est qu’un obstacle sur la route de la transcendance, un véhicule pour une conscience qui doit parvenir à un plan supérieur, un mal nécessaire qui peut être déconstruit aujourd’hui pour être mieux reconstruit dans une vie ultérieure.

Au mieux, cet inconscient collectif de la Silicon Valley nourrit le nouvel hygiénisme traversant notre société, qui a pris le gras et la ride en horreur. Je fais du sport pour être le meilleur humain que je puisse être, mens sana in corpore sano1. Au pire, il enrichit les thèses transhumanistes. Je suis le meilleur humain que je peux être en attendant de pouvoir dépasser ma condition humaine.


  1. En ce temps de Noël, j’ose la métaphore : ce n’est pas un sacrifice corporel à l’image du sacrifice christique, mais un sacrifice corporel qui dénonce le sacrifice christique, charnel (et donc réversible : expecto resurrectionem mortuorum) alors qu’il aurait pu être spirituel (et donc éternel).