Repenser l’Apple Watch

Maman Angela, papa Tim, faut qu’on parle.

J’aime les montres.

Attendez, je n’ai pas fini. J’aime les montres… mais j’aime aussi l’Apple Watch. Comme entre les chiffres et les lettres, je n’arrive pas à choisir entre les patraques mécaniques et les tocantes électroniques. Mais je n’ose pas sortir avec une montre à chaque poignet. Les gens regardent, parfois avec insistance. Surtout, les gens parlent.

Ils disent que l’Apple Watch est l’incarnation d’une obsolescence d’autant plus programmée qu’elle donne l’heure. Ils disent que c’est un gadget-temps, alors que la montre est censée être un garde-temps. Ils disent qu’il vaut mieux acheter une vraie montre, et puis une montre suisse parce que vraiment les Japonais feraient mieux de s’en tenir aux sushis. Cette montre tiendra tellement longtemps, paraît-il, qu’elle finira par revenir moins cher.

Alors j’ai fait le calcul. L’Apple Watch Series 4, avec un boîtier de 44 mm monté sur un bracelet en fluoroélastomère blanc, vaut 749 €. Disons que je vais acheter une nouvelle montre tous les trois ans pendant les cinquante prochaines années, j’ai bien l’intention de fêter mon 81e anniversaire. Disons même que je vais acheter un bracelet supplémentaire tous les trois ans, il y a bien vingt teintes de violet. Coût de l’opération : un peu plus de 13 000 €.

La Rolex Datejust 411, avec un boîtier en acier monté sur un bracelet « jubilée », vaut 6 850 €. Si je veux la porter pendant les cinquante prochaines années, je devrais la faire réviser tous les cinq ans, pour environ 400 € chaque fois2. Et puis je devrai acheter un nouveau bracelet en cuir tous les trois ans, le bracelet « jubilée » est un peu encombrant l’été, et la peau de vache morte n’est pas acclimatée au soleil salé des plages de Bali. Coût de l’opération : un peu moins de 13 000 €.

Match nul ? Oui… mais non. Une nouvelle Apple Watch tous les trois ans, c’est une nouvelle Apple Watch de seconde main tous les trois ans, ça doit payer quelques bracelets. L’argument financier ne tient donc pas, ou pas de manière bien convaincante. Mécanique ou électronique, une montre donne le temps, et prend de l’argent.


  1. Pourquoi une Rolex ? Parce que je ne veux pas rater ma vie, tiens. Plus sérieusement : les montres de Rolex (ou d’Omega, ou de Tag) sont tout aussi peu artisanales que celles d’Apple, et celles d’Apple sont tout aussi bien fabriquées que celle de Rolex (ou d’Omega, ou de Tag). Pour avoir eu les deux au poignet, la comparaison n’est pas tout à fait déraisonnable, n’en déplaise aux puristes.
  2. D’après l’horloger et par ailleurs distributeur Rolex où j’ai acheté ma dernière montre mécanique… qui n’est pas une Rolex. Ni même suisse, d’ailleurs.