Robert Longo — Johnny Mnemonic

Anthony Nelzin-Santos

Cet article est issu de Kusikia, un exercice d’écriture de courtes critiques culturelles, publié entre mai 2012 et mars 2013.

La meilleure science-fiction est sans doute la plus simple sur la forme, pour laisser la plus grande place au fond. Johnny Mnemonic est d’abord une nouvelle, et si je ne suis un adepte ni du cyber-punk, ni de William Gibson, j’avais apprécié son univers complètement décalé — de la bio-informatique, des yakuzas, une tribu sauvage et un dauphin. En privilégiant la forme au fond, Robert Longo l’a massacré dans un nanar de première catégorie amputant les meilleurs morceaux de l’œuvre de Gibson.

Certes, Johnny Mnemonic a été réalisé en 1995, mais ce n’est en aucun cas une excuse : les décors, censés évoquer 2012, semblent en fait tout droit sortis… des années 1980 ! Les effets spéciaux surabondants semblent n’avoir été placés que pour justifier le budget de 26 millions de dollars, et manquent de direction artistique : les effets de X-Files (1993), qui ne sont pourtant pas les plus subtils, ont moins mal vieilli. The Matrix, sorti quatre ans plus tard à peine avec le même Keanu Reeves, est le parfait contre-exemple : il n’a pas pris une ride grâce à des effets réfléchis et conçus pour durer.

Keanu Reeves, d’ailleurs, provoque quelques rires en passant de l’inexpression la plus totale à la colère la plus surjouée — mais mérite un Oscar en comparaison de la pauvreté extrême du jeu de Takeshi Kitano (son « un fantôme dans la machine ! » vaut toutes les morts de Marion Cotillard) ou la stupidité éclatante du rôle de Dolph Lundgren. La version japonaise, censée être plus proche de la vision de l’auteur et du réalisateur, ne résout rien : la surenchère visuelle ne parvient pas à masquer l’absence de scénario et de talent.

Johnny Mnemonic est le premier film de Robert Longo, mais aussi son dernier. Et c’est déjà un de trop.

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note: 1