métro[zen]dodo

De la sérendipité à l’heure des recommandations algorithmiques

Dan Cohen, professeur d’histoire à l’université Northeastern, à propos de la nouvelle application du New York Times :

The engagement of For You—which joins the countless For Yous that now dominate our online media landscape—is the enemy of serendipity, which is the chance encounter that leads to a longer, richer interaction with a topic or idea. It’s the way that a metalhead bumps into opera in a record store, or how a young kid becomes interested in history because of the book reviews that follow the box scores. It’s the way that a course taken on a whim in college leads, unexpectedly, to a new lifelong pursuit. Engagement isn’t a form of serendipity through algorithmically personalized feeds; it’s the repeated satisfaction of Present You with your myopically current loves and interests, at the expense of Future You, who will want new curiosities, hobbies, and experiences.

Doucement mais surement, la presse française adopte les mêmes mécanismes. Ce faisant, elle détruit l’idée du journal comme objet-lieu, qui pouvait être conservé précieusement comme une relique ou dépecé en coupures, lu de la première à la dernière page ou de la page 14 à la page 3 en passant par la page 21, grand ouvert à bout de bras ou plié en quatre sous le coude. Le journal qui pouvait être lu seul, mais jamais solitairement — voilà le voisin de siège qui lit par-dessus mon épaule, voilà Maman qui veut le supplément éco et Arthur qui veut les résultats sportifs.

Au nom du sacrosaint engagement, les sites et les applications des journaux imposent une lecture toujours plus linéaire, au fil tendu par des algorithmes de recommandations bien peu aventuriers. Nos fils d’actualité sont personnalisés pour cultiver nos opinions plutôt que notre curiosité, nous lisons des articles différents mais avons de moins en moins de choses à nous dire. Le journal n’est plus le reflet du monde, mais celui du lecteur, il n’est plus ouvert au monde, mais refermé sur le lecteur.

On voudrait rendre la lecture plus personnelle, on la fait plus solitaire. On voudrait rendre la lecture plus efficace, on la fait plus pauvre. Qu’il est loin, le rêve du « majordome numérique » capable de faire éclater les bulles !

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