SNCF : syndrome du Nelzin complètement fou

Même si j’ai fait mes valises dès que j’ai pu quitter la Creuse, j’aime encore y passer un week-end de temps à autres. La Creuse, département 23, en plein centre de la France ou au milieu de nulle part. Blason d’azur semé de fleurs de lys d’or, à la bande de gueules chargée de trois lionceaux d’argent. 124 000 habitants pour une densité de 22 habitants au kilomètre carré, 437 000 têtes de cheptel bovin et 150 000 têtes de cheptel ovin.

Et une seule ligne de chemin de fer nationale, la transversale Bordeaux-Lyon, ancienne Bordeaux-Genève. Un aller-retour par jour, à heure fixe. 14 h 16 à Guéret ce premier dimanche de 2011, arrivée à 18 h 16 à Lyon Part-Dieu. Ou pas.

14 h, la Gare de Guéret n’a jamais connu une telle affluence : le seul train qui permet de sortir de cet enfer vert affiche 40 minutes de retard. Le pauvre chef de gare, la quarantaine bedonnante et vaguement barbue, vient nous annoncer la nouvelle : la SNCF a réservé trois fois plus de billets qu’il n’y a de places dans le train, qui est parti plein de Bordeaux. La ligne est déficitaire depuis des années, la SNCF doit avoir inventé un concept pour la rendre rentable.

14 h 30, le train est bloqué à Limoges, à 90 bornes de là. Le retard passe à une heure, le képi bleu à barbe prend les destinations. Nous sommes 25 à attendre pour Lyon, sans solution de rechange : la moitié abandonne, avec les excuses du badge violet à l’esprit de service.

15 h, ce sera un bus, qui arrivera dans une demi-heure — mettez 45 minutes. Après l’arrivée de la boîte à sardines sur les rails guérétois, débarque un tas d’acier blanc frappé des lettres LTD en or (« Les transports dunois »). L’encapuchonné rouge et noir tiré de sa sieste demande d’un air affable la justification de la nuit qu’il passera dans un hôtel miteux de Lyon. Il a le droit au récit de l’altercation entre deux barriques moustachues sur pattes d’un côté, et notre bonhomme sifflet qui eu bien de la peine à faire partir les maquereaux à l’huile — pardon, les Bordelais à la nage.

21 h, après un périple à travers Montluçon-Ducs-de-Bourbon, Riom-Altadis, Clermont-Ferrand-Michelin, Saint-Etienne-Stade-Geoffroy-Guichard, les bouchons et une aire d’autoroute, notre salon roulant se gare tant bien que mal à la Part-Dieu. Les manteaux rouges à cernes ne nous attendaient plus, et avaient déjà rangé les enveloppes de remboursement. Au Japon, le billet est remboursé si le train a une minute de retard. En France, plus de trois heures de retard vous valent 20 €.

SNCF veut toujours dire, 15 ans après l’invention du terme, « syndrome du Nelzin complètement fou ».