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Joshua Michael Stern — Jobs

Cet article est issu de Kusikia, un exercice d’écriture de courtes critiques culturelles, publié entre mai 2012 et septembre 2013.

Jobs n’est pas un documentaire.

Qu’il ait une certaine licence artistique ne pose aucun problème. Apple n’a pas été fondée dans un garage1 et Woz n’en a jamais démissionné2, mais ces deux petits mensonges permettent de créer une certaine tension scénaristique. Que les acteurs n’aient pas la moindre ressemblance avec le personnage qu’ils incarnent n’est pas un problème non plus. Josh Gad incarne parfaitement l’idée que l’on se fait aujourd’hui de Woz et Ashton Kutcher fait un parfait Jobs de théâtre.

Non, Jobs prétend être un biopic — mais sur quoi, on se le demande.

Ce n’est pas un biopic sur Jobs. Les pans les plus importants de sa vie sont totalement oubliés, dont ceux chez Pixar (jamais mentionné) et Next (seulement évoqué). Ce n’est pas non plus un biopic sur Apple. Les ellipses sont trop fréquentes et trop grandes pour que l’on comprenne quoi que ce soit à l’histoire de la firme de Cupertino. Au mieux, c’est un biopic sur le Macintosh. Joshua Michael Stern a lu Folklore et quelques pages de Wikipédia.

Au mieux, Jobs n’est qu’un piètre téléfilm.

Il y a de la paresse intellectuelle et un manque d’imagination troublant dans le choix de ne pas creuser la période noire de Jobs. Elle pourtant mystérieuse, dense, incontournable même, pour comprendre son comeback, comprendre sa philosophie de vie, comprendre le personnage, en somme. Jobs a choisi la facilité et la superficialité. Tout l’inverse de ce qui définissait Jobs.


  1. Les deux jeunes qui ont révolutionné l’informatique dans leur garage ne s’appelaient pas Steve Jobs et Steve Wozniak, mais Dave Packard et Bill Hewlett. Apple a plutôt été fondée dans la chambre de Jobs et le salon de sa mère.
  2. Steve Wozniak est toujours employé par Apple, ce qui fait de lui le plus ancien employé de la société (cf. Steve Wozniak et Gina Smith, iWoz, W. W. Norton & Company, New York, 2006).

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