Terence Young — Bons baisers de Russie

Anthony Nelzin-Santos

Cet article est issu de Kusikia, un exercice d’écriture de courtes critiques culturelles, publié entre mai 2012 et mars 2013.

Film de la Guerre froide, Bons Baisers de Russie est moins exotique et fantasque que Dr. No et moins direct et ambitieux que Goldfinger. Il est au contraire anxiogène, ne sortant jamais d’une Europe prise entre le marteau américain et l’enclume soviétique. Il est au contraire terne, du fog londonien à l’ambiance feutré des salons de l’Orient Express. Il est au contraire complexe, le superbe mano a mano contre Grant n’étant que la résolution d’une tension savamment installée tout au long du voyage.

007 est ici un « simple » espion à la recherche non d’une arme nucléaire mais d’une machine de chiffrement, séduisant et spirituel mais pas caricatural, capable d’encaisser les coups mais pas invulnérable. Un rôle plus réaliste et sans doute plus primaire auquel Sean Connery ajoute ce qu’il faut de sophistication pour en faire le Bond le plus convaincant de la série. On retrouve cette même justesse du côté des « méchants », amochés sans être défigurés, écorchés vifs sans être complètement cinglés.

Bien que l’on y retrouve par ailleurs tout le cahier des charges nécessaires à l’obtention de l’estampille 007, Bons baisers de Russie est en quelque sorte l’anti-Bond par excellence, et paradoxalement un excellent Bond. Il est le seul film de la série a avoir réussi à conserver tous les codes de la franchise sans s’y enchaîner. Malheureusement serait-on tenté de dire.