Vivre sans Google : la difficile gestion de l’identité numérique

Anthony Nelzin-Santos

En fermant mon compte Google, j’ai eu tort d’ignorer une conséquence pourtant prévisible : sans compte, impossible de gérer mon identité numérique sur le moteur de recherche le plus utilisé du monde. Je n’ai pas rendu les armes, loin de là, mais puisqu’il s’agit moins d’un combat idéologique que d’une entreprise pragmatique, j’ai décidé de rouvrir une série de comptes Google déconnectés les uns des autres, gérant chacun un service, et maintenus en quarantaine dans un navigateur spécifique1.

Mon « identité numérique », c’est d’abord mon identité personnelle : pour éviter qu’un petit malin ne l’usurpe, même sur un réseau social qui n’a pas de membres, j’ai rouvert un compte Google+. Pas la peine d’essayer de me trouver, ce compte est une coquille vide sans contenu et sans indexation par les moteurs de recherche. Il devrait néanmoins être utile, dans le futur et à mon grand désarroi, aux procédures permettant d’associer un auteur à un contenu.

Ce qui m’amène au deuxième type d’identité, celle par mon contenu : il m’a cette fois fallu rouvrir un compte Webmaster Tools. Un compte Webmaster Tools est obligatoire pour contrôler l’apparence des résultats de recherche et tout simplement garantir un meilleur référencement (et, même si je n’ai plus de système de pistage des lecteurs, je reste attentif à cet aspect : après tout, j’ai envie d’être lu).

Ces deux pas en arrière montrent l’impossibilité de tout à fait ignorer Google : son moteur de recherche est la porte d’entrée vers les contenus, la page qui les présente. Je ne m’éloigne pas de mon objectif de départ, mais je dois sans doute concéder qu’il était peut-être un peu ambitieux à court terme – mais après tout, la définition même de ma « zénitude » numérique est d’être un travail sans cesse renouvelé, puisque c’est une réponse à des questions sans cesse changeantes.


  1. Omniweb si vous voulez savoir, avec une gestion rigoureuse de l’affichage de la publicité (aucune) et de l’enregistrement des cookies (aucun en dehors du domaine de Google, et ceux-ci sont supprimés à la fermeture du navigateur). Le but, vous l’aurez compris, est de ne pas reculer face aux nouvelles politiques invasives de Google en matière de gestion des données privées.