Vivre sans Google Maps

Anthony Nelzin-Santos

Je n’ai pas fermé mon compte Google par anti-Googlisme primaire : je l’ai fait par opposition aux nouvelles règles de gestion des données privées de la firme de Mountain View, et à sa politique générale. Je continue donc à utiliser certains services Google lorsqu’ils sont tout simplement irremplaçables, comme les Webmaster Tools, tout en cherchant à minimiser leur impact. J’ai ainsi quasiment réussi à me passer de Google Maps.

Avant même de m’éloigner des produits de Google, je n’étais pas un grand utilisateur de la version web de Google Maps, lui préférant Bing Maps. Alors que Google utilise beaucoup les données de Tele Atlas (TomTom), Microsoft préfère celles de Navteq (Nokia) : je n’ai jamais perçu de réelles différences dans le cadre de mon utilisation. J’ai néanmoins toujours préféré les tuiles et la sémantique visuelle de Microsoft, tout comme le zoom progressif de Bing Maps.

Lorsqu’il s’agit de faire des captures d’écran pour situer un lieu pour information, j’apprécie énormément le mode « Vue d’ensemble » de Bing : au lieu d’utiliser des vues satellite, il utilise des photographies aériennes prises à 45°. La sensation de profondeur est impressionnante et ne se fait pas au détriment de la densité d’informations.

La grande force de Google reste néanmoins le mode Street View : son équivalent chez Microsoft, Streetside, en est encore à ses balbutiements. Mais là où on peut l’activer, Bing Maps met une raclée à Google Maps : il y a beaucoup moins d’artefacts et autres bizarreries, la navigation est beaucoup plus fluide, et le degré de précision beaucoup plus grand. C’est tout simplement superbe.

J’utilise aussi assez régulièrement OpenStreetMap, un système de cartographie libre et coopératif. J’apprécie notamment le mode « Carte de transport », qui projette les lignes de transport en commun sur la carte, ainsi que le mode « Carte cyclable », qui projette quant à lui les pistes cyclables, les stations de vélos…

C’est sur iPhone et iPad qu’il est le plus difficile de se passer de Google Maps, puisque Google est le fournisseur de données cartographiques d’Apple. En attendant iOS 6 et un possible nouveau fournisseur, il est quasiment impossible d’éviter Google Maps dans les applications tierces, puisque c’est une brique de base du système. Ce n’est pas particulièrement grave, puisque les données fournies ne sont pas liées à un compte — j’aurais plutôt à me plaindre d’Apple qui utilise mon iPhone comme un appareil de relevé de données en temps réel (au moins le fait-elle anonymement et sans le lier à mes autres données). Reste que l’on peut d’ores et déjà remplacer l’application Plans par d’autres qui utilisent d’autres sources que Google Maps.

Je n’ai pas trouvé d’applications convaincantes utilisant Bing Maps, mais je suis tombé sur deux pépites se fournissant chez OpenStreetMap. La première est OpenMaps, un simple remplaçant de Plans utilisant OpenStreetMap qui a la bonne idée d’afficher la carte… sur l’intégralité de l’écran, sans la lourde interface de l’application par défaut. On peut ajouter des boutons vers des fonctions précises : je me suis contenté d’un bouton « Localiser », qui permet de centrer le plan sur ma position, soit 90 % de mon usage de l’application Plans.

Les 10 % restants couvrent l’utilisation de la fonction « Itinéraire », quand je suis pressé et que je n’ai pas envie de faire confiance à mon sens de l’orientation dans un endroit inconnu. OpenMaps peut utiliser le service d’itinéraire gratuit de YourNavigation, qui est plutôt fiable (son itinéraire de chez moi au travail est le même que le mien, à la fois le plus rapide et le plus court que celui de Google). Bonus : OpenMaps gère différents types de tuiles, dont les excellentes de Stamen Design, ainsi que les modes transport et cycles.

POI+ est un bon complément : il permet d’ajouter facilement des points d’intérêts non référencés par OpenStreetMap et ainsi de devenir acteur de l’entreprise de cartographie, et non plus simple consommateur. Cela peut paraître un détail, mais j’ai par exemple ajouté un passage piéton près du bureau qui n’était pas référencé — cela peut par exemple être utile aux déficients visuels.

Waze, que je n’utilise pas mais qui peut être utile aux conducteurs, est un système de navigation turn-by-turn qui utilise lui aussi OpenStreetMap, et est disponible sur iPhone comme sur iPad.

Puisqu’il m’arrive encore de temps en temps de développer des applications web et que la localisation est une donnée importante, il me faut noter que Google Maps domine dans ce domaine de la tête et des épaules tous ses concurrents. L’API mise à disposition par Google est tout à la fois facile à mettre en place, rapide à charger, puissante et flexible.

Il me semble néanmoins qu’OpenStreetMap pourrait rapidement rattraper son retard : les données de ce projet sont tout simplement excellentes, parfaitement mises à jour, et la communauté les entourant très dynamique. De quoi réellement parachever mon indépendance de Google Maps.