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Vivre sans Google : un an après

Anthony Nelzin-Santos

J’ai fermé mon compte Google il y a an. Ai-je vraiment repris le contrôle de ma vie numérique ? Me suis-je facilité la vie ou l’ai-je au contraire compliquée ?

Menacé par Facebook, Google ne promeut plus la sérendipité, mais renforce l’effet bulle. Connecté à un compte Google, on ne cherche plus sur le web ouvert, on cherche sur un web personnalisé et limité par les œillères de l’entre-soi. Je tiens viscéralement à un web qui soit le même pour tous, j’ai donc fermé mon compte Google.

Il s’agit d’ailleurs moins de vivre sans Google que de vivre sans compte Google. Les produits de la firme de Mountain View n’ont pas tous perdu leur intérêt du jour au lendemain, et n’ont pas tous été également pervertis par la course au social. Google, c’est avant tout une somme d’excellentissimes services.

Mais puisqu’ils sont appelés à devenir des satellites de Google+, autant en profiter pour regarder ce qu’il se fait ailleurs. Souvent aussi bien, parfois mieux.

Ce que j’ai remplacé

Gmail Je suis mon propre fournisseur de mails, contacts et calendriers. Je paye un hébergeur pour qu’il me fournisse un serveur mail que j’opère moi-même, sur lequel j’ai aussi installé ownCloud pour synchroniser mes contacts et mon agenda. En un an, je n’ai pas connu le moindre problème et je me documente au fil de l’eau sur les technologies impliquées — non seulement ai-je repris le contrôle de ma vie numérique, mais j’ai aussi regagné la maîtrise de l’outil.

Google Reader Je n’ai jamais beaucoup utilisé Reader, l’abandonner totalement n’a donc pas été un problème. Je reste fidèle à Fever, là aussi installé sur mon propre serveur, d’autres utilisent Tiny Tiny RSS ou RSSLounge. Je consulte mes flux RSS dans mon navigateur sur Mac, dans l’application Ashes sur iPad, dans l’application Sunstroke sur iPhone.

Google Analytics La décision de fermer mon compte Google n’est pas étrangère à ma volonté de ne plus utiliser de système de pistage des lecteurs. Si je devais un jour en utiliser un, ce serait sans doute Mint, installé sur mon propre serveur, sous mon contrôle. Mais je préfère encore rater un éventuel contrat publicitaire qu’installer un mouchard1. Je n’utilise évidemment pas Google Adsense.

Google Maps Je n’ai jamais été un grand utilisateur de Google Maps : si j’ai besoin de consulter une carte dans mon navigateur, j’utilise plutôt Bing Maps. Sur mobile, les choses sont plus faciles depuis iOS 6 et les plans d’Apple : j’ai réappris à me perdre (et à rester perdu, même dans des lieux que je connais très bien) et à saisir l’occasion pour faire des découvertes.

Android Mon deuxième téléphone sous Android démarre toujours sous CyanogenMod, même si je l’utilise de moins en moins par manque de temps.

Ce que je n’ai pas pu remplacer

Identité numérique Ne plus avoir de compte Google signifie ne plus pouvoir gérer son identité numérique sur le plus grand moteur de recherche du monde. Si je n’utilise plus du tout les Webmaster Tools, j’ai dû créer un compte Google vide pour faire acte de présence sur Google+ et pouvoir associer mon contenu à ma personne.

YouTube Ma « rechute » youtubesque est mon grand échec de l’année. Le compte qui me servait à mettre des clips en ligne il y a quelques années est toujours actif et même s’il est isolé dans un navigateur, je l’utilise toujours quotidiennement pour suivre mes créateurs favoris. Je n’ai pas encore trouvé de solution viable.

Google Search Je persiste et signe : aucun moteur de recherche n’arrive encore à la cheville de celui de Google. Si je pouvais payer pour l’utiliser, je le ferais. J’ai essayé Bing, j’ai essayé DuckDuckGo, je finis toujours par revenir à Google, et pas seulement par habitude (je déteste le choix de DDG de n’afficher qu’un résultat par site sur une requête donnée). Je l’utilise évidemment sans compte, en HTTPS et surtout sans le moindre cookie qui pourrait fausser les résultats.

Mon choix

Avoir un compte et utiliser tous les services de Google n’est-il pas plus simple ? Bien sûr que si — et c’est moins cher, en plus. Mais vous savez quoi ? Je n’ai aucunement l’intention de rouvrir un compte Google.


  1. Au quotidien, j’utilise l’extension Ghostery pour bloquer les systèmes de pistage des sites que je consulte et n’hésite pas à acheter par le biais de liens sponsorisés — je n’ai pas de problème contre la publicité en général, j’ai un problème contre le modèle néfaste de la publicité rémunérée à l’affichage.